Trois choses à savoir sur le FNI, le traité dont Donald Trump ne veut plus

Les relations entre les États-Unis et la Russie s'enveniment encore. Le pays de l'Oncle Sam menace de se retirer du Traité FNI dès demain. Avec quelles conséquences?

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Fin 2018, Donald Trump menaçait de vouloir se retirer du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Il accusait la Russie, autre membre de l’accord, d’avoir violé les obligations inhérentes au Traité. Le président américain avait lancé un ultimatum : le pays des tsars disposait de 60 jours pour se conformer. Le 2 février – demain-, le compte à rebours prend fin… et les États-unis se retireront du FNI. Une décision à même de raviver les souvenirs enfouis de la Guerre froide. Moustique revient sur les contours de cet accord. 

Un accord de paix

Le FNI est signé le 8 décembre 1987, en plein contexte de fin de Guerre froide. Le président américain Ronald Reagan et son homologue russe Mikhaïl Gorbatchev se donne rendez-vous à Washington D.C. pour officialiser la signature du Traité. Cet accord demeure un élément majeur de la fin de la crise des euromissiles de 1977. Il s’agit d’une période d’extrême tension entre l’URSS et plusieurs pays occidentaux, dont les États-unis.

Au cœur de ce passage, on trouve les missiles SS-20 à moyenne portée, soit entre 500 et 5.000 kilomètres, qui sont élaborés par l’armée russe. Le problème ? Les Soviétiques ont profité des failles d’un accord antécédent, nommé SALT 1, et la création de ces missiles leur offre une avance militaire considérable. Ces SS-20 sont capables d’atteindre des zones bien plus vastes, et l’Oncle Sam y perçoit une menace tangible pour nombre de ses alliés outre-Atlantique. Les États-Unis se lancent à leur tour dans la production de missiles de portée intermédiaire en réaction. Pendant plus d’une décennie, les deux puissances mondiales se regardent en chiens de faïence, des armes d’une puissance inégalée à portée de main.

Gorbatchev et Reagan ©BELGAIMAGE

Reagan et Gorbatchev parviennent, en 1987, à s’accorder sur la suppression des missiles à portée intermédiaire en Europe, ainsi que la limitation de ces armes à 100 pour leur pays. La situations a bien évolué et, depuis les années 2000, ce qui correspond aux mandats de Vladimir Poutine, la Russie souhaite se retirer du FNI. En cause, une contestation sur base d’inégalités : la Chine peut se doter d’armes qui sont proscrites pour le pays des tsars. Malgré tout, l’accord tient bon. Du moins, c’est ce qu’il semblait car, en 2019, ce sont désormais les États-unis qui souhaitent quitter ce Traité.

Donald Trump claque la porte

Les tensions autour de cet accord ont toujours existé. Elle connaissent néanmoins certains pics. En 2014, l’Administration américaine souligne que la Russie ne respecte pas les conditions du Traité. Le conflit tourne autour des missiles 9M729. Ils auraient une portée excédant les 500 kilomètres, ce qui serait effectivement contradictoire au FNI. La Russie dément et affirme avoir envoyé l’ensemble des caractéristiques du missile aux États-unis. Il ne pourrait atteindre « que » 480 kilomètres. Cependant, le rapport annuel de 2017 de l’Administration américaine arrive à la même conclusion sur le cas de la Russie : ils ont enfreint leurs obligations. 

Donald Trump annonce, le 20 octobre 2018, vouloir quitter le Traité en dénonçant les manquements de l’armée russe. Rappelons que l’article 15 du FNI impose un délai de 6 mois avant la concrétisation du retrait. Un autre élément qui peut expliquer cette décision abrupte, c’est l’accroissement conséquent de l’armement chinois, nullement bridé par un accord international. La crainte de ce développement concerne autant la Russie que les États-unis.

Une nouvelle course aux armements ?

L’annonce choc de Donald Trump a secoué Konstantin Kossatchev qui s’est empressé de réagir sur Facebook. Pour ce sénateur russe, la mise en place concrète de ce retrait pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Cela complexifierait également la reconduction en 2021 d’un autre Traité, le « New START« .

Cet accord est une prolongation de START I et START II qui visent à la non-prolifération des armes nucléaire, voire au total désarmement nucléaire. Sur base de ses nombreuses spéculations digne des pires dystopies, Vladimir Poutine craint que la situation dérive et devienne « extrêmement dangereuse« . Il précise que ce retrait américain pourrait mener à une nouvelle « course à l’armement« .

Plus le temps avance, plus les tensions s’accentuent. Ces éléments confirment que les cicatrices de la Guerre froide ne sont pas totalement refermées… Il ne reste plus qu’à espérer que de nouveaux points de convergence verront le jour entre les différentes puissances mondiales. 

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