Froid polaire: la faute au réchauffement climatique ?

Le Midwest américain est traversé par une vague de froid inédite avec des températures frisant les -50°C. Le fameux vortex polaire est perturbé et le coupable pourrait, paradoxalement, être le réchauffement climatique. Explications.

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 « Que se passe-t-il avec le réchauffement climatique ? S’il te plaît, reviens vite, on a besoin de toi ! » S’il y a bien une chose qu’il faut reconnaître à Donald Trump, c’est son talent inné dans l’art de tweeter. Le président américain s’est une nouvelle fois présenté en porte-parole de la communauté climato-sceptique en ironisant sur la vague de froid extraordinaire que subissent les états du Midwest américain depuis quelques semaines. À Chicago (Illinois), les températures ont atteint des minima records : jusqu’à -50°C ! Un froid mortel, 10 personnes en sont décédées. Les habitants sont condamnés à s’emmitoufler sous plusieurs couches de vêtements pour s’aérer ou à se terrer chez eux… Finalement, en Belgique, on n’a pas trop à se plaindre de la météo !

Comment expliquer ce froid polaire ? La mauvaise foi de Donald Trump cache une interrogation somme toute « logique » : sous l’effet de serre, les températures ne devraient-elles pas augmenter globalement ? Et bien non. S’il fait plus froid ou qu’il neige plus que l’an passé, cela ne veut pas dire que le réchauffement climatique n’existe pas. Et les scientifiques insistent sur la nécessité de mettre fin sur l’une des grandes confusions actuelles : la différence entre la météo et le climat. La différence est de taille comme l’explique le climatologue liégeois Pierre Hansoul à la RTBF avec une métaphore bien choisie : « La météo, c’est une photographie, un instantané à un moment précis sur lequel on tire des conclusions alors que le climat, ce sont des archives, des mesures prises de manière plus général au niveau du globe. » Nuance donc !

Que se passe-t-il aux Etats-Unis ?

Le gros coup de froid qui affecte l’Oncle Sam en ce moment est exceptionnel, mais pas inédit. Il s’explique par deux facteurs. Le premier est évident : c’est l’hiver et, en cette saison, les températures ont tendance à diminuer. Thank you Captain Obvious ! Le second est plus compliqué. Pour le comprendre, il faut prendre un peu d’altitude et s’envoler jusque la stratosphère (20 – 30 kilomètres au dessus du plancher des vaches), royaume du vortex polaire dans l’hémisphère nord. Ce nom scientifique (et quelque peu effrayant) désigne un vaste tourbillon qui entoure les régions polaires et qui est animé par des vents tournant rapidement dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Cette circulation permet de maintenir l’air froid à des latitudes élevées près du pôle. Normalement.

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Il arrive que le vortex soit perturbé et qu’il laisse échapper des vagues d’air froid qui descendent à des latitudes plus basses, ce qui explique pourquoi il fait actuellement moins froid en Alaska qu’à Chicago. La circulation atmosphérique (ensemble des mouvements qui animent la couche d’air entourant la Terre) qui redistribue la chaleur venue du soleil à l’échelle planétaire n’est pas uniforme à travers le globe. Elle forme des ondulations, et la situation varie localement en fonction de celles-ci.

Conséquence du réchauffement climatique ?

L’éclatement du vortex polaire n’est pas un phénomène rare. Les spécialistes ont observé un processus similaire en 2014 qui avait déjà entraîné une vague de froid extrême sur les États-Unis. L’an dernier, le vortex était également chahuté, provoquant un gros coup de froid sur l’Europe avec des températures enregistrées à Londres plus faibles qu’au pôle Nord ! Cette succession d’épisodes a relancé un débat dans la communauté scientifique : le réchauffement climatique pourrait-il paradoxalement multiplier ces vagues de froid ? « Il n’y a pas de consensus scientifique sur la question« , souligne la prévisionniste météo Etienne Kapikian au magazine GEO . « Certaines théories avancent que le réchauffement climatique pourrait rendre les éclatements du vortex polaire plus fréquents ou le jet-stream plus sinueux mais les preuves manquent encore pour le confirmer et des hypothèses contraires existent. » 

Avec Le Jour d’Arprès (« The Day After Tommorrow« ) sorti en 2004, le cinéaste allemand Roland Emmerich – qui adore dévaster la planète dans chacune de ses productions – imaginait un scénario similaire. Dans le film, la fonte des glaces provoquées par le réchauffement climatique modifiait le Gulfstream (courant marin de l’Atlantique Nord), le thermomètre naturel de la planète, entraînant la Terre dans une nouvelle ère glaciaire… Se souviendra-t-on du réalisateur comme d’un visionnaire ? Si l’hypothèse venait à se confirmer, il faudrait alors (vraiment) s’inquiéter puisque l’homme a aussi commis le blockbuster décérébré « 2012 » sur la fin du monde. Heureusement que la date a déjà expiré !

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