Netflix face aux polémiques, épisode 3

Pour la troisième fois en quelques mois, Netflix est pointée du doigt. Après le remake Les Nouvelles Aventures de Sabrina et le film Death Note, c'est au tour de la série culte La Casa de Papel de faire l'objet d'une « polémique » abracadabrante...

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« Bella Ciao« , le chant de révolte italien face au régime fasciste de Mussolini pendant la Seconde Guerre Mondiale fut sans conteste l’un des tubes planétaires de l’année dernière. Popularisée par La Casa de Papel, la chanson partisane en a pris pour son grade entre remix douteux d’innombrables DJ’s et reprise affreuse du rappeur français Naestro, en featuring avec Maître Gims et Vitaa notamment…

Un autre emblème de la série cristallise aujourd’hui des tensions en Espagne. La Fondation Gala-Salvador Dalì – visiblement sortie d’un coma prolongé de plus d’un an (le premier épisode de La Casa de Papel était diffusé le 2 mai 2017 au pays de Cervantes) – s’est plainte cette semaine des masques utilisés par les braqueurs dans la série. L’organisation qui gère l’héritage du peintre espagnol depuis 1983 a déclaré au quotidien El Paìs être « en train de régulariser les utilisations du droit à l’image de Salvador Dalì » et, sans pour autant parler d’un recours en justice, a estimé que les producteurs de la série à succès auraient dû « demander l’autorisation d’utiliser l’image » de l’artiste…

Après avoir acquis les droits de diffusion des deux premières saisons et transformé la série en phénomène populaire planétaire, Netflix a lancé la production d’une troisième saison, suite des aventures de Tokyo (Úrsula Corberó), Berlìn (Pedro Alonso – photo) et El Profesor (Álvaro Morte). Tout cela représente un sacré budget. L’odeur de l’argent aurait-elle réveillé la Fondation Gala-Salvador Dalì ? La plate-forme américaine a en tout cas déjà pris ses distances en déclarant via un porte-parole que le choix du masque venait des créateurs du show.

Ces derniers ont de leurs côtés réagi en rappelant que le masque est davantage utilisé « comme icône de la lutte contre des pouvoirs politiques et économiques » – à l’instar du masque de Guy Fawkes popularisé par le film V for Vendetta et repris par le collectif de hackers Anonymous, entre autres – et non comme un « vulgaire » déguisement de braqueurs. Décernons tout de même la palme de la déclaration la plus risible à la chaîne espagnole Astremedia (qui a diffusé les deux premières saisons) selon laquelle le masque est « un dessin qui ressemble à Salvador Dalì, mais n’importe qui peut porter une moustache. » C’est cela, oui…

Ce tapage médiatique aussi bruyant qu’inutile braque en tout cas les projecteurs sur la franchise en lui offrant un bon coup de pub au passage. Netflix peut s’en frotter les mains. Cette fois, la polémique pourrait s’avérer bénéfique. Ce ne fut pas le cas pour les dernières en date.

Buizingen dans un « film d’horreur »?

Début janvier, une autre controverse impliquant Netflix faisait les choux gras de la presse. Un sujet plus délicat puisqu’il concernait des faits réels et relativement récents ayant marqué la mémoire de la population belge. Death Note, long-métrage produit par la plate-forme américaine avec Nat Wolff et Willem Dafoe, avait eu recours à un plan aérien de la catastrophe ferroviaire de Buizingen survenue le 15 février 2010 (et dont le procès à commencer le 8 janvier dernier au tribunal de police de Bruxelles). Des images acquises sur un site d’archives, sans restriction d’utilisation. La durée du plan (quelques secondes intégrées dans une séquence montrant d’autres catastrophes) explique peut-être le délai – encore une fois – relativement long entre la sortie du film (20 juillet 2017) et la consternation publique.

Le choix des images est malheureux (la production était-elle au courant des 19 morts et 310 blessés dans l’accident ?), tout comme le fut l’emballement médiatique qui a suivi la révélation. Les médias ont grandement insisté sur le caractère horrifique du film. Afin de rendre le tout encore plus glauque ? Oui, Death Note est violent. Mais non, ce n’est pas un « film d’horreur » comme l’ont martelé certains, bien qu’il se retrouve par défaut dans la catégorie « films d’horreur » de la plate-forme. Le film un thriller fantastique (au sens surnaturel du terme) et surtout une daube américanisée (« whitewashing » bonjour) de la génialissime série de mangas éponymes signées par les Japonais Tsugumi Oba et Takeshi Obata. En résumé : un visionnage à éviter, une lecture à conseiller !

Kana

Sabrina contre les satanistes

Lancée pour Halloween en 2017, la série Les Nouvelles Aventures de Sabrina (libre adaptation de la célèbre sitcom du début des années 2000) a également dû faire face à un fâcheux et surprenant contre-temps… L’organisation politico-religieuse du Temple Satanique a intenté un recours en justice aux États-Unis contre la production de la série. Un scénario que le plus farfelu des cinéastes n’aurait pas vu venir, et pourtant.

Lucien Greaves, représentant de la secte a accusé la série de s’être approprié la statue de Baphomet, dont il détient vraisemblablement les droits, et d’en avoir fait un usage détourné et préjudiciable. Sur Twitter (oui, de nos jours les sectes communiquent avec leurs adeptes sur les réseaux sociaux), il avait posté un photomontage d’une sculpture d’un démon à tête de chèvre, utilisée dans la série pour la comparer avec sa statue. Effectivement, le monument fictif était étrangement similaire à l’idole mystérieuse vénérée par les chevaliers de l’ordre du Temple. Selon l’agence de presse britannique Reuters, le 8 novembre dernier la secte a réclamé 50 millions de dollars (!) de dommages et intérêts à Netflix et Warner Bros, co-producteurs du show… De quoi faire le plein de liquidité pour financer leurs activités.

À l’avenir, Netflix serait bien avisé d’engager du personnel pour vérifier que ses futures productions n’enfreignent pas les titres de propriété de tiers, fussent-ils des artistes morts ou des adorateurs du Malin…

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