Henry Chapier, dernier dandy des temps modernes

Henry Chapier s'est endormi pour la dernière fois dans la nuit de samedi à dimanche. Le créateur du "Divan" s'en est allé à 85 ans. 

Belga

Avec ses larges lunettes, rouges de préférence, son ton affable et précieux, sa voix nasillarde et son débit de paroles lent et posé, Henry Chapier avait un style reconnaissable entre tous. Journaliste, critique de cinéma, photographe et réalisateur, l’homme était surtout connu du grand public pour avoir animé de 1987 à 1994 la célèbre émission « Le Divan« . Il s’est éteint ce week-end, à 85 ans.

« Quel genre d’enfant étiez-vous à l’âge de 7 ans ? » Henry Chapier commençait systématiquement ses interviews par cette question. Tout rapprochement avec la méthodologie freudienne n’est pas fortuite : installées dos à lui sur un canapé jaune (le fameux divan), les quelque 300 personnalité(e)s qui ont défilé dans l’émission se retrouvaient plongées dans un état proche de l’hypnose. Raison pour laquelle l’animateur parvenait souvent à obtenir des confidences inédites, comme la jeunesse sous l’occupation nazie de Roman Polanski ou la vocation ratée de peintre de Serge Gainsbourg.

« Les gens me disent en général que je donnais du temps à mes invités. Je ne les matraquais pas, je les laissais parler. Ma technique d’interview était très douce. Et puis, il y avait malgré tout ce climat, autre que le face-à-face. Cela créait quelque chose d’un peu différent« , expliquait-il au journal Le Monde en 2009. Chapier ne voulait cependant pas que son émission soit réduite à un recueil de confidences. Il lui importait que ses invités développent aussi leur vision de la vie.

« Un grand Parisien » 

Né à Bucarest le 14 novembre 1933, d’un père français avocat et d’une actrice autrichienne, le futur journaliste a fui son pays natal avec sa famille en 1947. Il devient critique de cinéma, réalise en parallèle quatre films et fonde la Maison Européenne de la Photographie à Paris en 1978 avant d’animer la célèbre émission qui le popularisera aux yeux du grand public. « La MEP est endeuillée par la disparition cette nuit de Henry Chapier » a réagi dimanche l’institution. La Maire de Paris, Anne Hidalgo a également réagi sur Twitter « Quelle tristesse de perdre un si grand Parisien« .

S’il avait pris du recul par rapport à la vie médiatique, l’érudit était encore régulièrement convié sur les plateaux de télévision. Il y a 7 ans, en amont du Festival de Cannes, il s’était retrouvé face à Kev Adams dans l’émission On n’est pas couché animée par Laurent Ruquier, et ne s’était pas privé de recadrer le jeune acteur et humoriste français qui déclarait voir « un peu toujours les mêmes films » programmés sur la Croisette. « C’est aberrant ! Il y a tout ce qui existe sur Terre à Cannes. Il y a tes films et il y a les autres », s’était emporté Chapier avant d’ajouter d’un ton cinglant : « Comme le cinéma est le reflet d’une époque, on a le cinéma qu’on mérite par moment« , faisant notamment référence aux comédies bancales dans lesquelles s’était produit l’impertinent jeunot.

Marc-Olivier Fogiel, qui a relancé « Le Divan » en 2015, a salué le créateur de l’émission : « Henry était pour moi un modèle, qui m’a transmis le flambeau de façon extrêmement bienveillante (…). Je ne me voyais pas reprendre cette émission sans son approbation« , a-t-il réagi auprès de l’AFP. « Ils sont rares ces gens-là. Il faut une grande rigueur et une grande curiosité sur le monde. (…)  Je lui suis très reconnaissant pour ses conseils qu’il ne donnait jamais en donneur de leçons. » 

Parfaite incarnation du dandy par son attitude élégante et raffinée, Henry Chapier aura marqué sans prétention l’histoire de la télé. Un exemple pour la postérité.

Belga

Sur le même sujet
Plus d'actualité