Bébé 2.0 ou la folie du « sharenting »

Trois bébés sur dix ont une empreinte numérique avant même d'être nés. Et le visage de huit enfants sur dix est mis en ligne par leurs propres parents avant même qu'ils aient huit ans. Le phénomène se nomme le "sharenting" et il a pris une ampleur dont les conséquences restent inconnues.

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En 2019, la majorité des enfants héritent de leur empreinte numérique. L’écrasante majorité des parents postent des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. Cette mise en avant de sa progéniture est devenue une course folle dans laquelle plus personne (ou presque) ne prend aucune précaution. Seuls 13% des parents veileraient ainsi à publiqer uniquement des photos où l’on ne voit pas le visage de leur enfant. L’étude vaut ce qu’elle vaut. Elle a été effectuée pour le compte d’une entreprise de faire-part et a porté sur plus d’un millier de parents français. Mais le phénomène est de toute façon bien réel. Il porte le nom de « sharenting », néologisme issu de la contraction de « share » (partager) et « parenting » (être parent).

Réflexe narcissique

Les moins de 30 ans et les femmes sont plus accros encore que les autres à ce réflexe narcissique qui laisse une empreinte numérique de leur enfant sur internet. Plus dingue encore : près de quatre parents sur dix ont déjà utilisé une photo de leur enfant en guise de photo de profil. La publication de photos augmente et s’intensifie avec l’âge des enfants.

Les seuls restrictions que les parents semblent se mettre portent sur les proches qui souhaiteraient publier en ligne des photos de leurs enfants. Seuls trois parents sur dix l’autorisent. Mais au total la digitalisation de la vie familiale est massive sans que les enfants n’aient pu donner leur consentement ni sans qu’on sache ce que ces traces laisseront d’eux lorsqu’ils seront adultes.

Les enfants préfèrent les écrans aux jeux réels

L’étude met aussi en avant que plus d’un parent sur deux se considère comme accro à son smartphone et plus de 7 enfants sur dix préfère les écrans aux jeux traditionnels. Près de neuf enfants sur dix de moins de 8 ans ont une interaction régulière avec les écrans. La révolution est en route et elle s’accélère. Parmi les parents de moins de 30 ans – ceux de la génération Y – un quart annonce la grossesse sur Facebook.

Les conseils des psychiatres seraient-ils vains ? « Dès qu’on a un bébé, il est très important de ne pas utiliser son téléphone mobile pendant qu’on est avec lui. Et quand il grandit, il faut établir des règles familiales, notamment pas de téléphone pendant les repas, et jamais dans la chambre la nuit », plaide Serge Tisseron, membre de l’Académie des technologies.

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