Thierry Henry à Monaco, récit d’un flop monumental

Incapable de redresser la barre à l'AS Monaco, l'ancien adjoint des Diables Rouges est déjà éjecté... après 103 petits jours. Sa première expérience d'entraîneur n'aura fait qu'un petit tour.

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Les supporters des Diables Rouges ont presque la larme à l’œil le 13 octobre dernier en voyant Thierry Henry, adjoint de l’entraîneur fédéral Roberto Martinez et grand artisan de l’incroyable épopée belge en Russie, s’envoler vers Le Rocher pour prendre les commandes de l’AS Monaco. À 41 ans, le Français estimé par toute la Belgique (c’est dire l’exploit!) est fin prêt à voler de ses propres ailes et à obtenir ses gallons de « T1 », entraîneur principal d’un club de football où évolue un autre diable, le jeune et talentueux Youri Tielemans.

Un peu plus de trois mois plus tard – 103 jours exactement –, la première expérience de l’ancien champion du monde 1998 est déjà terminée. L’ASM a « suspendu » son entraîneur en attendant de lui trouver un remplaçant… Un flop monumental et une annonce qui a surpris le monde du football, en France et ailleurs. Entraîneur est un métier à risque. Tout au long de l’année, des coachs se vont virer par leur club pour raisons sportives (les résultats obtenus sur le terrains par l’équipe) ou « extra-sportives » (relations conflictuelles entre l’entraîneur et les joueurs, par exemple). Mais le limogeage de Thierry Henry est interpellant, pour ne pas dire choquant, à plus d’un titre.

Coup de poker ou coup marketing ?

Quand Thierry Henry débarque sur le Rocher à la mi-octobre pour remplacer l’entraîneur portugais Leonardo Jardim après quatre ans riches en succès (marqué par un titre de champion France en 2017 et une demi-finale de la Ligue des champions la même année), il débarque dans un club à la dérive. Les résultats sont catastrophiques depuis le début de la saison, l’ASM enchaîne défaite sur défaite et végète dans le fond de classement, en plus d’être mal embarqué dans son groupe de Ligue des Champions

Monaco tente un coup de poker en engageant un novice au poste d’entraîneur. Ce faisant, le club semblait prêt à en assumer les risques et lui accorder du temps pour imposer sa marque et redresser le club. Henry le mérite, par son statut. C’est une icône de l’équipe de France dont il est encore le meilleur buteur à ce jour et un ancien joueur unanimement respecté à l’international pour sa brillante carrière couronnées de nombreux titres à Arsenal (Angleterre) et au FC Barcelone. Une carrière qu’il a entamé à l’AS Monaco, précisément.

Aussi inexpérimenté qu’il soit, Henry est attendu comme le « Messi ». Les médias hexagonaux ne cachent pas leur enthousiasme. Après tout, n’a-t-il pas amené la Belgique jusqu’en demi-finale de la Coupe du Monde (perdue face aux futurs champions français), chauvinisme d’outre-Quiévrain oblige ? Sur le papier, tout est réuni pour écrire une belle histoire. Dans les faits, c’est autre chose.

« Money money money »

L’ASM est malade, et ce n’est pas nouveau. Après avoir investi des millions, dans le club et dans l’achat de joueurs, le président russe Dmitri Rybolovlev veut un retour sur investissement. Il revend le phénomène Kylian Mbappé pour quelque 180 millions (!) d’euros au Paris Saint-Germain à l’été 2017 et récidive à nouveaux l’été dernier en se débarrassant des autres joueurs cadres qui ont fait les succès du club ces dernières années. De l’argent qui, selon les enquêtes de Mediapart menée dans le cadre du « Footballgate », file dans les poches du milliardaires plutôt que dans les caisses du club…

À l’entame de la saison, et malgré quelques renforts acquis à moindre prix (dont notre compatriote Nacer Chadli), l’effectif de Monaco n’est simplement pas prêt à rivaliser face au reste des clubs de Ligue 1 (première division française). Et malgré son aura, Thierry Henry ne peut faire de miracle à son arrivée. Le club enchaîne les contre-performances (dont une gifle 0-4 à domicile en Ligue des Champions contre le FC Bruges). Il faudra attendre le mercato du mois de janvier et l’arrivée de nouveaux joueurs pour relancer la baraque. Chose faite, puisque des footballeurs expérimentés et convaincus par le discours de l’entraîneur ont débarqué cet hiver.

L’optimisme était de mise après l’obtention de résultats encourageants dont un match nul à l’Olympique de Marseille. Mais une nouvelle défaite cinglante en championnat (1-5 face à Strasbourg à domicile) et une élimination en Coupe de France inverse la tendance. C’en est (déjà) trop pour Dmitri Rybolovlev qui suspend Thierry Henry avant même qu’il n’ait véritablement pu mettre ses projets de jeu en pratique… Gérer un club de football après tout, c’est comme gérer n’importe quel business. Il faut du résultat positif, et vite.

De l’enfer aux Diables ?

Jeudi, en conférence de presse, Thierry Henry déclarait : « Je suis arrivé, le club était dans un état… J’ai essayé de mettre beaucoup de choses sur pied que vous n’avez pas vues…  Le plus important est de sauver le club. Mon futur n’est pas un problème. » Le jeune entraîneur était encore persuadé de disposer d’un peu de temps pour faire ses preuves aux yeux de son président. C’était quelques heures à peine avant d’apprendre la nouvelle de son remplacement. Son successeur sera probablement… Leonardo Jardim ! Tout ça pour ça.

Pour sa première sur un banc, Thierry Henry a vécu un enfer en étant incapable de redresser une équipe beaucoup trop limitée. Ces trois mois jours ont été une longue agonie. Parviendra-t-il à rebondir ? Eden Hazard lui a en tout cas ouvert grand la porte à un retour en équipe nationale belge: « Il a tout mon soutien. Je sais qu’il va être un grand entraîneur à l’avenir. Il nous a fait du bien avec la Belgique. S’il veut revenir, on est là.« 

Après la débâcle suisse du 18 novembre dernier (défaite 5-2 et élimination de la Nations League), les supporters des Diables Rouges verraient sans doute la nouvelle d’un bon œil à l’heure d’entamer les qualifications pour l’Euro 2020 (premier match le 21 mars face à la Russie), dernier grand tournoi que pourrait remporter notre génération bronzée, mais toujours pas dorée.

Belga

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