Qu’est-ce que l’horloge de l’apocalypse, prédicatrice de la guerre nucléaire?

Loin d’être une prémonition du calendrier Maya ou un indicateur superstitieux, l’horloge de l’apocalypse est réglée chaque année par des scientifiques américains. Et cette année, l’heure est grave.

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Moins deux minutes avant minuit. Cela fait déjà deux ans que la « doomsday clock » est figée sur cette heure qui se rapproche dangereusement de la fin du monde. Pensée quelques années après la seconde guerre mondiale – en 1947 – cette horloge conceptuelle n’a pas une valeur absolue, mais sert plutôt d’indicatrice quant à la santé du monde. Minuit sonnant la fin du monde, le cataclysme planétaire. À sa création, l’horloge est réglée à moins sept minutes de la fin du monde. Elle fluctue ensuite légèrement jusqu’en 1953 où elle atteint le stade critique de moins deux minutes. Cette année-là, les États-Unis et l’Union soviétique en pleine guerre froide, testent la bombe à hydrogène. Depuis 1953, l’aiguille n’avait jamais autant flirté avec les douze coups de minuit. Jusqu’à l’année dernière…

Remettre sur les pendules à l’heure

Mais des périodes plus réjouissantes ont tout de même eu lieu. En 1991 par exemple, l’horloge de l’apocalypse affichait moins 17 minutes avant minuit. Un record réjouissant influencé par la chute du mur de Berlin en 1989 et par la dissolution de l’Union soviétique. Depuis 2007, les scientifiques prennent d’autres critères en compte comme les risques liés à l’écologie ou aux nouvelles technologiques. Ce sont ces deux valeurs qui expliquent, entre autres, pourquoi nous cessons de nous rapprocher d’une guerre nucléaire. « L’écosystème de l’information changeant a multiplié les menaces et les fake news génèrent rage et division autour du monde à une époque où nous avons besoin de calme et d’unité », explique Rachel Bronson, la directrice de l’organisation Bulletin of the Atomic Scientists. Autre évènement notoire qui justifie l’accélération des aiguilles : l’élection de Donald Trump il y a deux ans. Tensions avec la Russie, menaces nucléaires envers la Corée du Nord, discours anti-climat, un ensemble de comportements et discours qui détériorent le fonctionnement global du monde.

Chaque année à la même époque, des scientifiques atomiques de Chicago se rassemblent pour faire le bilan. « Les prédictions sur l’apocalypse sont rarement informatives. Mais de bonnes prédictions peuvent nous guider : elles nous poussent à réparer le monde », explique Anders Sandberg, chercheur à l’Université d’Oxford. En fonction des relations internationales, de l’utilisation des nouvelles technologies et de l’état physique de la planète, nous nous approchons ou éloignons de ce timing fatidique.

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Et les scientifiques se veulent très clairs : ce n’est pas parce que le timing est le même que l’année dernière que nous sommes parvenus à une stabilité, au contraire. « Nous sommes entrés de fait dans une période que nous appelons le nouvel anormal », a nuancé Rachel Bronson. L’ex-gouverneur de Californie Jerry Brown, président du Bulletin of the Atomic Scientists, va même plus loin : « Nous sommes comme les passagers du Titanic : nous ne voyons pas l’iceberg devant nous mais nous profitons des bons repas et de la musique », ironise-t-il.  

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