Les mangas s’affirment au festival d’Angoulême

Malgré de grandes différences avec nos bandes dessinées franco-belges, le manga a su s'immiscer dans notre culture. Mais la reconnaissance a pris un certain temps... 

belgaimage-144497843-full

Rares sont les expériences capables de déstabiliser autant qu’un manga dans les mains d’un néophyte du genre : les remarques fusent irrémédiablement. Qu’est-ce que c’est que ces yeux disproportionnés ? L’auteur manquait d’argent pour la couleur ? Où est le début de l’histoire ? Les chances que le lecteur en terres inconnues débute sa lecture par la fin de l’histoire sont effectivement très grandes (dans la culture nippone, le sens de lecture va de droite à gauche). Pourtant, malgré toutes ces conventions, le manga a su traverser les frontières et l’intégration s’est merveilleusement déroulée.

La reconnaissance

Ces petites briques sont parfaitement ancrées dans les habitudes de lecture de la jeunesse. Même les grandes institutions de la bande-dessinée, comme le festival d’Angoulême, lui ouvrent leurs prestigieuses portes. Cela est envisageable depuis le départ des académiciens pour qui il aurait été blasphématoire d’intégrer le manga dans le club très privé du neuvième art. La victoire de Rumiko Takahashi, qui a remporté le prix Angoulême 2019, constitue un pas de plus dans la légitimation des bandes dessinées japonaises.

C’est la troisième fois qu’un auteur du pays du soleil levant reçoit cette consécration. Rumiko Takahashi devient, par la même occasion, la deuxième femme à gagner ce prix qui existe pourtant depuis 1974 (le prix était revenu à André Franquin) ! Ses œuvres sont également diffusées par le tube cathodique, le manga alors retranscrit à la télévision est alors appelé anime. C’est le cas de Ranma ½, un shônen (genre de manga initialement orienté vers les jeunes garçons) qui est diffusé et popularisé par le club Dorothé.

Les années 90

La bande-desssinée franco-belge était très présente, ce qui laissait présager une arrivée difficile de cette tradition niponne. L’hexagone s’est pourtant montré très perméable aux mangas, et le succès est accentué par la diffusion télévisuelle d’anime tirés de mangas cultes. C’est le Club Dorothé qui s’en charge. On y retrouvait quotidiennement Ranma ½, Dragon ball, les Chevaliers du zodiaque, Nicky Larson… Et les génériques sont parvenus, à eux seuls, à marquer une génération entière qui pourrait aisément entonner cette chanson de tête, des décennies plus tard.

Cependant, le public adulte ne voyait pas ces anime d’un bon œil et le CSA est intervenu à plusieurs reprises suite à des plaintes portant sur la violence des programmes. Ce serait effectivement de mauvaise fois d’affirmer que Ken le survivant ne contient aucune forme de brutalité… On invente même le néologisme « Japoniaiseries », un terme repris par des journaux comme Télérama ou Libération qui jugent ces programmes grossiers et inadaptés au jeune public. Plusieurs mangas étaient alors tellement édulcorés du fait de la censure qu’ils en perdaient leur essence, leur nature.

La situation a fameusement évolué dans le sens des mangas qui occupent désormais une place capitale dans le neuvième art. Les librairies n’hésitent plus à leur faire la part belle dans les étagères de leur magasin. La fascination continue de grandir devant ces histoires vives et hautes en émotions, on peut alors s’attendre à ce que les grands yeux des mangas deviennent aussi évidents que les gros nez dans le monde de la bande-dessinée occidentale.

Sur le même sujet
Plus d'actualité