Bruxelles, nouveau pôle médiatique européen… grâce au Brexit?

4000 entreprises médiatiques sont basées à Londres et nombre d'entre-elles pourraient mettre les voiles vers le continent en cas de Brexit dur. Bruxelles figure sur la shortlist des destinations privilégiées...

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À moins de dix semaines de la sortie programmée du Royaume-Uni de l’UE (le 29 mars), aucun consensus n’a encore émergé à Londres sur la manière, ni même l’opportunité de mener à bien le Brexit… Alors que les députés britanniques se réunissent le 29 janvier pour débattre de l’accord négocié par la Theresa May avec l’UE et voter pour de nouvelles mesures, Jeremy Corbyn, le président des Labours – parti d’opposition-, a pour la première fois ouvertement évoqué la possibilité d’organiser un second référendum pour le maintien dans l’UE. Selon un sondage YouGov réalisé le 16 janvier, les Britanniques voteraient désormais à 56% contre 44% en faveur d’un maintien de leur pays dans l’Union européenne si la question leur était à nouveau posée (en 2016, le Leave l’avait emporté à 51,89 %)…

Alors « Brexit, yes or not Brexit? » Pendant que la Perfide Albion s’enlise dans le pétrin qu’elle a elle-même créé, des spéculateurs analysent les meilleures perspectives financières dans les deux scénarios. On apprend ainsi qu’un Brexit dur (sans accord avec l’UE) pourrait profiter à… Bruxelles. Notre capitale pourrait récupérer une partie de l’aura médiatique londonienne. De fait, pour continuer à émettre dans l’Union européenne après le Brexit, les médias d’outre-Manche auront besoin d’une licence, et donc aussi d’une implantation dans l’UE. La prestigieuse BBC songe ainsi à aménager chez nous son futur centre médiatique européen.

Présent à Davos (Suisse) où se tient le Forum économique mondial,Charles Michel a eu une discussion à ce sujet avec le directeur général de la BBC, Tony Hall. « La Belgique est souvent sur la shortlist d’entreprises désireuses de s’ancrer dans l’Union européenne après le Brexit« , a souligné le Premier ministre à l’agence Belga. Vraiment ? Tant mieux ! Parce qu’il y a 4000 (!) entreprises médiatiques actuellement implantées à Londres (140 000 travailleurs) et quelque 30% d’entre-elles émettent depuis Londres dans le reste l’Union et pourraient avoir des envies d’ailleurs. Un véritable exode médiatique dont il faut profiter.

Belga

« Brussels calling » ?

Sans vouloir jouer les prétentieux, il serait logique en quelque sorte que Bruxelles devienne le nouveau pôle médiatique de l’Union. La ville a des atouts à faire valoir : une législation relativement souple concernant les médias, le développement d’un nouveau parc médiatique autour de Reyers, et le statut de capitale européenne qui attire beaucoup de journalistes étrangers. Mais les dossiers concrets ne repose pas encore sur la table… Figurer dans les shortlists ne signifie pas forcément en occuper la première place, et d’autres pays pourraient griller la politesse à la Belgique.

L’Irlande, de par sa proximité linguistique et géographique avec le Royaume-Uni, mais aussi l’Estonie et les Pays-Bas draguent depuis quelques mois déjà les entreprises médiatiques étrangères implantées à Londres. L’enjeu économique est de taille Selon une analyse du bureau d’étude Oliver et Ohlbaum Associates, ces sociétés investissent chaque année un milliard de Livres (1,13 milliard d’euros) au Royaume-Uni, soit un cinquième de l’activité du secteur audiovisuel européen dans son ensemble ! Pour le moment, c’est Amsterdam qui semble la ville la mieux placée. La média américain Discovery (Eurosport, Animal Planet et TLC) a déjà déclaré qu’elle déménagerait dans la capitale néerlandaise s’il n’y a pas d’accord sur le Brexit. Turner Broadcasting System, plus connu chez nous sous l’abréviation CNN International (et oui), s’est de son côté renseigné au sujet de licences pour émettre depuis l’Allemagne

Interrogée par De Tijd, Marlen Komorowski, spécialiste du centre d’études des médias imec-SMI (VUB) déclarait que, pour l’heure, seuls une poignée de médias internationaux basés à Londres ont prospecter en Europe : « J’ai l’impression que tout le monde est encore en attente. Étant donné que la plupart des entreprises n’ont pas encore décidé, il n’est pas encore trop tard (pour la Belgique). Mais s’il n’y a pas d’accord sur le Brexit, elles vont soudainement se réveiller ! » Il vaudrait donc mieux que nos dirigeants en fasse de même. Et dès à présent !

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