Affaire Melikan Kucam : retour sur le scandale des visas humanitaires

L’ex-conseiller communal de Malines, Melikan Kucam, a été placé sous mandat d’arrêt jeudi pour trafic d’êtres humains, organisation criminelle, corruption passive et extorsion. Vous n’avez pas tout suivi ? On fait le point.

©Belga Images

L’affaire explose dans les médias en début de semaine. Au cœur de celle-ci, le conseiller communal N-VA, Melikan Kucam. Interpellé mardi, l’homme est suspecté d’avoir vendu des visas humanitaires à des prix exorbitants pendant plusieurs années. Issu de la communauté assyrienne – chrétiens de Syrie et d’Irak – il aurait profité de ses contacts dans ces pays pour proposer son « aide » aux personnes fuyant les conflits armés. Via des intermédiaires, Melikan Kucam aurait perçu des sommes astronomiques pour délivrer ces visas en évitant le circuit classique.

Peu avant le conseil des ministres de vendredi matin, l’actuelle ministre de l’Asile et la Migration, Maggie De Block, a tenu à faire le point. Au total, 600 dossiers douteux ont déjà été pointés du doigt, dont 200 dans lequel le nom de Melikan Kucam apparaît. Plusieurs intermédiaires suspects ont été cités et des cas frauduleux ont aussi été relevés à Alost. Le dossier, dans les mains du parquet d’Anvers, continue d’être épluché et l’enquête se poursuit aussi du côté de l’Office des étrangers. Maggie De Block a également tenu à être rassurante : les personnes ayant bénéficié de ces visas ne seront pas inquiétées. 

©Belga Images

Que vient faire Theo Francken dans cette histoire ?

Jeudi après-midi à la Chambre, le nom de Melikan Kucam était sur toutes les lèvres. Désormais député, Theo Francken n’a dû répondre à aucune question lors de cette réunion. Pourtant, les yeux étaient rivés sur l’ancien secrétaire d’État à l’Asile et à la migration. Tout simplement parce que les demandes de visa humanitaire devaient passer par son cabinet. Sauf que Theo Francken travaille avec des intermédiraires : des hommes d’Église, des association et… Melikan Kucam. « Je ne sais pas si travailler avec des intermédiaires est légal« , s’interroge le vice-Premier ministre Alexander De Croo. L’autonomie totale avec laquelle l’ancien secrétaire d’État prenait les décision sur l’octroi des visas est également mise en cause. Pour les membres de l’hémicycle, impossible que Theo Francken n’ait rien vu, rien suspecté. D’autant plus que les rumeurs ne cessent d’enfler.

En octobre dernier, la communauté syriaque avait déjà envoyé une lettre à une centaine de personnes, principalement des parlementaires belges et européens, pour dénoncer un trafic de visas humanitaire. « Nous savons que six personnes venant de Belgique sont derrière « ces transports ». Pour ce service, ils prennent 3.000 à 14.000 euros des chrétiens de Syrie », publie la RTBF qui a eu accès au document.

De son côté, Theo Francken se dit « choqué et stupéfait » et nie avoir eu connaissance de quoi que ce soit en lien avec ce trafic. « Je peux seulement dire que je n’ai personnellement rien à avoir avec cette affaire. Je n’ai jamais reçu d’argent pour accorder de tels visas humanitaires ou donner des papiers », a-t-il déclaré.

©Belga ImagesDans le monde politique, on crie au manque de transparence. Pour calmer le jeu, Maggie De Block promet que de nouvelles mesures seront instaurées rapidement pour l’octroi des visas. Le cdH Georges Dallemagne veut, lui, une commission d’enquête pour faire toute la lumière sur cette affaire frauduleuse. Que savait le gouvernement ? Depuis quand ? Pourquoi le courrier de la communauté syriaque a-t-il été mis sous silence ? Que savait réellement Théo Francken ? Les prochains jours devraient être fort mouvementés au 16 rue de la loi.

Sur le même sujet
Plus d'actualité