#10yearschallenge : une étape de plus vers la reconnaissance faciale signée Facebook ?

Le hashtag consistant à poster deux photos de soi (une il y a dix ans et une actuelle) a inondé les réseaux sociaux. Mais certains experts estiment que ces photos aideraient l’entreprise de Mark Zuckerberg à affiner ses algorithmes de reconnaissance faciale.

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Facebook sait tout de vous, ça vous le saviez. Mais savez-vous tout de lui ? Malgré les nombreux scandales qui ont ébranlé l’entreprise aux 2,27 milliards d’utilisateurs (actifs chaque mois), nous sommes encore des millions à y poster les précieux moments qui animent nos vies : anniversaires, photos de vacances, situation amoureuse et professionnelle, repas de la veille et gueule de bois du lendemain.

Ces derniers jours, un #challenge incite les utilisateurs à poster sur Facebook et/ou Instagram (qui appartient depuis 2012 à l’empire Zuckerberg) un montage photo montrant leur frimousse il y a dix ans et une autre aujourd’hui. Tout le monde a changé, chacun a vieilli et l’hilarité devant les photos de vos collègues à la coupe démodée est complète. Tout ça serait parfaitement drôle si Facebook ne collectait pas la moindre de nos données à son propre avantage et à destination du ciblage publicitaire. Un mécanisme bien rodé que chacun est libre d’explorer via ce lien. Si certains de nos centres d’intérêt répertoriés par Facebook sont avérés (oui, l’autrice de cet article aime le bio et lit le Harper’s Bazaar), d’autres sont plus folkloriques : depuis que l’un de nos confrères de la rédaction a « liké » la page du Suricate Magazine, le suricate (oui, le petit mammifère carnivore vivant dans le Sud-Ouest de l’Afrique) figure parmi ses « passe-temps et activités ».

Facebook is watching you

Mais au niveau des photographies, et plus spécialement de la reconnaissance faciale, Facebook serait déjà bien avancé. « Il y a dix ans, Facebook avait déjà 15 milliards de photos dans sa base de données. Au fur et à mesure du temps, ses utilisateurs y ont posté des photos, ont tagué leurs amis et ont indiqué la date et l’emplacement des images ; le logiciel est devenu de plus en plus apte à reconnaître les visages des gens », explique le journal américain The Atlantic. Une réalité expérimentée par bon nombre d’entre nous : lorsqu’on poste une photo sur le réseau social, il propose automatiquement d’identifier nos amis présents sur l’image… en ayant très souvent raison.

Le #10yearschallenge, même s’il n’a pas été lancé officiellement par Facebook, pourrait l’aider à aller plus loin dans cette démarche. Dans un tweet sarcastique, Kate O’Neill, fondatrice d’une société spécialisée en technologie, déclare : « Il y a 10 ans, j’aurais probablement joué avec un mème (idée ou concept repris et décliné en masse sur Internet, NDLR.) de ma photo de profil Facebook ou Instagram me vieillissant. Aujourd’hui, je réfléchis à la façon dont toutes ces données pourraient être exploitées pour former des algorithmes de reconnaissance faciale sur la progression de l’âge et la reconnaissance de l’âge ». L’Américaine précise sa pensée dans un long article posté sur le site Wired : « Les humains sont la plus grande source de données pour la plupart des technologies émergentes dans le monde. Nous devrions le savoir, et procéder avec prudence et précision « .

Sauver les enfants et les publicitaires

Si la reconnaissance faciale a ses aspects positifs comme retrouver des enfants disparus il y a des années, le revers de la médaille est moins joli : un meilleur ciblage publicitaire (et donc l’utilisation de nos données personnelles pour faire fructifier les comptes en banque des publicitaires), voire même un nouvel indice de santé pour les compagnies d’assurance. Si vous avez l’air plus vieux que votre âge (potentiel signe de mauvaise santé), vous pourriez être repéré par la vôtre… et la payer plus cher.

Si nous n’en sommes pas encore là, nous n’en serions pourtant pas loin. Pour le journaliste Alexis Madrigal, « quel que soit le scénario décrivant ce à quoi ces photos pourraient servir… il a probablement déjà eu lieu », écrit-il. « Facebook n’est pas en train de construire un système capable d’imaginer l’apparence de quelqu’un après plusieurs années ; il en a certainement déjà un. Et ce n’est pas une bonne nouvelle ».

En effet, depuis des années, les chercheurs travaillent d’arrache-pied sur la reconnaissance faciale selon l’âge. Selon O’Neill, ces ensembles de données sont habituellement assez petits, mais le domaine connaît d’énormes progrès techniques. « Il n’y a pas de conspiration mondiale pour que vous affichiez une photo de vous datant de dix ans et une aujourd’hui. Il y a eu une conspiration mondiale d’entreprise pour que vous affichiez tout ce qui vous concerne, de façon continue, et ce depuis quinze ans », pointe justement The Atlantic. Ce que la plupart d’entre nous ont fait et continuent encore aujourd’hui…

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