Pourquoi Benoit Lutgen démissionne-t-il à quatre mois des élections?

L'annonce surprise de la démission de Benoit Lutgen à la tête du parti humaniste a sa logique électorale. On peut la qualifier d'opération Titanic pour le cdH. On vous explique pourquoi.

lutgen

Opération survie

Le capitaine Lutgen quitte le navire avant d’affronter la tempête électorale. Il y a comme un air d’opération Titanic pour le parti humaniste. L’orchestre joue encore, surtout à droite mais nettement moins à gauche. Pour rétablir l’équilibre centriste, Benoit Lutgen va ramener Maxime Prévot à bord, successeur désigné de longue date à la tête du parti. A priori, aucun ou aucune autre candidate ne semble se profiler à ce stade pour contester ce choix. A quatre mois du scrutin, il n’est sans doute pas question de faire du chipotage démocratique et de voir le parti se déchirer. Au contraire. Il s’agit de retisser la toile d’un parti qui a toujours dû sa survie à être un pivot bien au centre. Le cdH est face à un défi colossal. Les scores aux élections provinciales, qui sont un bon indicateur du choix que les électeurs poseront pour l’échelon régional et fédéral, n’ont pas été bons.

Ramener à bord le centriste de gauche

Les communales ont livré un dernier verdict.  Un énorme réservoir d’électeurs se situe au centre de l’échiquier politique francophone. Sept universités flamandes et francophones ont conjugué leurs efforts pour analyser les résultats des élections communales. Jérémy Dodeigne, professeur de sciences politiques à l’Université de Namur, a piloté cette vaste enquête évaluant les sensibilités politiques des électeurs et les choix qu’ils ont opérés lors du vote. Cette étude du comportement électoral éclaire les enjeux du prochain scrutin. Notamment ceci : les votes blancs ou nuls aux communales, qui représentent 15 % de la totalité des votes, proviennent d’électeurs dont les convictions sont près d’une fois sur deux centristes. Par ailleurs, les voix qui sont allées à des listes locales sont plutôt situées au centre. “C’est un réservoir de voix colossal au centre de l’échiquier poli-tique francophone. C’est un électorat qui n’a pas été séduit par l’offre politique qui lui a été proposée, ni par DéFI, ni par le cdH”, explique Jérémy Dodeigne.

Maxime Prévot est vu plutôt comme un centre-droit dans son profil. Mais son réseau est bien installé du côté de la démocratie chrétienne, le côté gauche. Benoit Lutgen, en boutant le PS hors du gouvernement wallon, s’est attiré les inimités du PS, avec une rupture personnelle sans doute irrécupérable du côté de Paul Magnette, dauphin d’Elio Di Rupo à la tête du PS. En se retirant, Benoit Lutgen rend à son parti la possibilité de s’allier des deux côtés de l’échiquier, là où tournera le vent électoral en mai prochain. Le PS a fait un tout autre choix. Elio Di Rupo restera à la présidence du PS le temps qu’il faudra pour mettre en place de nouveaux gouvernements dans les régions et au fédéral. L’opération pourrait s’avérer extrême comme en 2010 où il aura fallu 541 jours de négociations âpres et interminables pour mettre un gouvernement fédéral en place. Paul Magnette, pour succéder à Elio Di Rupo, devra ronger son frein le temps que cela prendra. Au cdH, on fait le pari inverse en misant sur Maxime Prévot, inexpérimenté en négociations post-électorales.

Sur le même sujet
Plus d'actualité