Ces femmes qui ont bousculé le journalisme

En un peu plus d'un siècle, la place des femmes a considérablement évolué, notamment dans le journalisme. En atteste le biopic sur Colette qui sort ce mercredi 16 janvier au cinéma. Retour sur la vie de trois femmes du 19e siècle qui se sont imposées dans une filière perçue comme machiste. 

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Séverine

Caroline Rémy dite Séverine ©BELGAIMAGE

Une femme journaliste, dans le contexte de la fin du 19e siècle, cela tient plus de l’exception, voire de l’anomalie pour certains de cette époque. Caroline Rémy, née en 1855, prend un pseudonyme (Séverine), pratique très courante pour les femmes en ce temps. C’est non seulement sa pratique journalistique qui marque le métier, mais également ses engagements politiques. Avant même le 20e siècle, Caroline défend fermement le droit à l’avortement, un combat encore considéré comme progressiste en 2019. Elle se lance dans la presse après avoir rencontré son futur mari, Jules Vallès. En tant que journaliste, elle laisse libre cours à ses sentiments et impressions sur le terrain. Il est hors de question de cadenasser la subjectivité. « Ma pensée demeurait indécise, mon jugement demeure incertain », peut-on lire de sa plume. 

Un fait marquant de sa carrière réside dans les tribulations du procès du soldat Alfred Dreyfus, l’affaire qui a secoué la France des années 1890. Avant ce procès, Caroline rencontre Marguerite Durand, une autre femme influente qui a fondé son propre journal, La fronde, considéré comme le premier quotidien féministe au monde. Marguerite décide même de publier « J’accuse » d’Émile Zola, texte alors interdit par Clémenceau. C’est un véritable geste de contestation et une prise de risque monumentale d’une femme au fort caractère qui n’avait manifestement pas froid aux yeux. Séverine, de son côté, couvre le procès pour un journal Belge, Le petit bleu. Elle prend le rôle du témoin ambassadeur qui met un point d’honneur à vivre l’événement pour le rapporter. Caroline ne cherche aucunement à cacher sa sensibilité, elle la revendique même comme une preuve de la véracité de ses propos. En décrivant Dreyfus, elle brosse le portrait d’une homme qu’elle juge innocent. 

Je le vois bien, je le dévisage ardemment, ainsi qu’on fait d’une énigme… Et bien des choses, de cette contemplation, m’apparaissent compréhensibles, distinctes. Ce n’est pas la victime traditionnelle, vibrante, dont les protestations, dont la véhémence éveilleraient les morts dans leur tombeau…

Nellie Bly

Nellie Bly ©BELGAIMAGE

Elizabeth Jane Cochrane, née en 1864, réussit à briller dans le journalisme, malgré toutes les difficultés. Elle fuit son destin de gouvernante et part à la recherche d’un travail. Un jour, elle tombe sur un article foncièrement sexiste du journal Pitsburgh Dispatch qui va l’ulcérer. Elle écrit une lettre incendiaire avec une qualité d’écriture remarquable qui tape dans l’œil du rédacteur en chef. Elle est engagée et devient Nellie Bly

L’article qui marque sa carrière est publié en 1887, elle travaille désormais pour Joseph Pulitzer qui lui propose un contrat à une condition : s’infiltrer dans un asile psychiatrique afin d’y observer la réalité qu’on chercherait à occulter au lecteur. Ce point de vue a influencé son reportage dans sa globalité. Nellie se fait donc passer pour une patiente et reste internée 10 jours. Elle déplore le traitement épouvantable qu’on réserve aux « folles » afin que les politiques réagissent face à ce dysfonctionnement. Peu de temps après la diffusion de l’article, une véritable bombe, le gouvernement débloque 1 million de dollars pour corriger le trait. 

L’histoire aurait été une magnifique, mais il existe une face sombre qu’on se doit de garder à l’esprit. Il s’agit en réalité d’une escroquerie. Nellie et Pulitzer savaient pertinemment que les autorités étaient au courant et que le million était déjà débloqué. La journaliste se donne le rôle flamboyant  de celle qui dévoile la réalité que le pouvoir cache, et n’hésite pas à se mettre en scène.

Quoi qu’il en soit, Nellie Bly demeure l’une des pionnières du journalisme d’investigation et une femme qui a su percer dans le métier à une époque où cela tenait presque de l’incongruité. 

Colette

Gabrielle Colette ©BELGAIMAGE

Une vie bien remplie qui est mise à l’honneur sur le grand écran. Née en 1873, Gabrielle Colette demeure majoritairement connue pour sa carrière d’écrivaine pour la série des Claudine. Comme le reprend justement le film, la jeune femme a dû se défendre bec et ongle afin qu’on rende à Colette ce qui appartient à Colette.

Le film qui sort ce mercredi 16 janvier se focalise sur cette partie de sa vie, certainement plus marquante et représentative de son engagement féministe pour la reconnaissance des femmes. En 1895, son mari , Willy, l’incite à écrire ses souvenirs d’enfance, ce qu’elle fait avec talent. Son mari, qui n’a pas participé à l’écriture, signe de son nom, réduisant Colette au rôle d’écrivaine fantôme. Ils se séparent et Colette écrit la fin de la série des Claudine avec La retraite sentimentale, qu’elle peut finalement ponctuer de sa propre signature.

En 1909, elle rencontre Henry de Jouvenel, directeur du journal Le matin qui lui met le pied à l’étrier du journalisme. Il ne faut pas oublier qu’elle a également marqué cette filière en développant un sujet encore aujourd’hui perçu comme masculin : le sport. En 1912, Colette devient la toute première femme à couvrir officiellement  le Tour de France.

Et aujourd’hui?

 

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