La Pologne poignardée au coeur

Le maire de la ville polonaise de Gansk, Pawel Adamowicz, a été tué de plusieurs coups de couteaux dimanche lors d'un rassemblement caritatif. Un meurtre qui cristallise les tensions dans un pays fracturé...

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Que s’est-il passé exactement?

En Pologne, chaque année depuis vingt-sept ans, pendant un dimanche de janvier, des dizaines de milliers de volontaires distribuent partout de petits cœurs rouges autocollants en échange de dons pour l’achat d’équipements médicaux pédiatriques. La journée de collecte se termine traditionnellement en soirée par des concerts et des feux d’artifice organisés dans de nombreuses localités. 

À Gdansk, ville portuaire située au nord du pays, le maire Pawel Adamowicz monte sur le podium sur lequel se produit un orchestre de charité lorsqu’un homme le rejoint pour lui asséner plusieurs coups de couteau. La scène se déroule devant des centaines de personnes ébahies. Certains filment même la scène… L’aggresseur s’empare ensuite d’un micro et se présente : « Allô allô, je m’appelle Stefan, j’ai été mis en prison alors que j’étais innocent. La Plate-forme civique m’a torturé, c’est pourquoi Adamowicz est mort ce soir. » Il est ensuite maîtrisé par des vigiles. Le maïeur, lui, décède de ses blessures le lendemain à l’hôpital.

Acte isolé ou assassinat politique?

Le dénommé Stefan avait été condamné à plusieurs années de détention pour une série de braquages et venait d’être libéré. Sa peine coïncide partiellement avec la seconde législature de la Plate-forme civique (PO), parti libéral au pouvoir de 2007 à 2015 et dont Pawel Adamowicz avait été l’un des membres fondateurs. Très populaire dans sa ville, il avait été reconduit en novembre 2018 en tant que candidat indépendant pour un sixième mandat à la mairie de Gdansk.

Son meurtre est-il l’acte isolé d’un déluré? L’enquête devra faire la lumière sur cette affaire. Si elle n’est pas biaisée par le pouvoir en place! Pawel Adamowicz avait déjà reçu un faux acte de décès de la part des nationalistes au pouvoir après avoir signé une déclaration politique en faveur d’un accueil amical des immigrés. Le parquet n’avait pas donné suite… Lundi, certains quotidiens indépendants n’hésitent pas à parler de « crime politique« .

À quoi s’attendre à présent?

Malgré le froid glacial, des milliers de personnes ont manifesté lundi soir en silence dans plusieurs villes du pays en hommage au maire décédé. Des rassemblements qui lancent un avertissement au parti ultraconservateur Droit et justice (PiS) – europhobe, homophobe, xénophobe et anti-avortement, entre autres -, qui a succédé au pouvoir au PO en 2015. Une partie dde la population dénonce une profonde fracture au sein de la société polonaise depuis lors et accuse le climat de « haine » alimenté par les responsables politiques et certains médias pro-gouvernementaux.

À Varsovie, capitale du pays, les manifestants n’ont pas manqué de rappeler la mémoire de Piotr Szczesny. En 2017, cet homme s’était immolé en plein centre-ville pour protester contre la limitation des droits civiques par les autorités, la destruction de l’indépendance des tribunaux, la centralisation de l’Etat et le non-respect de la Constitution. « Je voudrais que le président du PiS et toute la nomenklatura du parti prennent acte du fait qu’ils sont directement responsables de ma mort et qu’ils ont mon sang sur leurs mains« , avait-il déclaré. De l’avis de beaucoup, ils ont désormais également la mort de Pawel Adamowicz sur la conscience.

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