Bart De Wever, le « Roi du Nord »

En s'auto-proclamant "King in the North" et en réanimant son fond de commerce confédéral, Bart De Wever vient frapper à la porte de ses électeurs. Décryptage d'un repositionnement.

de_wever

Le 26 mai prochain, les citoyens belges seront une nouvelle fois appelés aux urnes pour les élections fédérales, régionales et européennes. Mais avant cette date fatidique pour l’avenir du pays, nombre d’électeurs auront été scotchés devant la huitième et ultime saison de Game of Thrones. La chaîne américaine HBO a dévoilé la date de diffusion hier. Et la nouvelle a vraisemblablement inspiré la N-VA

Le compte Instragram officiel du parti nationaliste a posté un photo-montage sur lequel Bart De Wever prend place sur le fameaux trône de fer de la série adapté des romans de G.R.R. Martin. Le post s’accompagne de la légende « Brace yourselves, Bartje is coming » (« Préparez-vous, Bart arrive) en référence à la célèbre réplique « Winter is coming » (« l’Hiver arrive ») que martèlent à répétition les personnages de la série.Une référence déjà utilisée à plusieurs reprises par un certain Donald Trump

Reprenant la typographie de la série fantastico-dramatique, la N-VA a ajouté le slogan « King in the North » à son montage. Dans la série, le valeureux Jon Snow hérite ce titre de son frère assassiné Rob Stark, autoproclamé roi des territoires du nord de Westeros. La parallèle était trop beau pour le parti nationaliste qui affiche de cette manière son président comme l’Empereur d’une Flandre indépédendante, alors que le confédéralisme était au centre de la conférence de presse donnée par Bart De Wever lundi matin… En lisant entre les lignes, voici ce qu’il fallait en retenir. 

Faire oublier la crise

La crise fédérale avait laissé une impression de chaos et d’improvisation dans laquelle plusieurs observateurs avaient commencé à remettre en question les capacités stratégiques supposées redoutables, voire diaboliques d’un Bart De Wever tout puissant. Ce n’était sans doute pas pour plaire au président du premier parti de Flandre. Lors de cette crise, Jan Jambon, s’est profilé comme l’homme « raisonnable » qui tentait de trouver une solution. Bart De Wever annonce que Jambon pourrait être Premier ministre. La déclaration n’a rien de banale puisqu’en Belgique on ne se positionne pas ouvertement pour réclamer les clés du 16 rue de la Loi. Mais on le sait Bart De Wever n’a que faire des règles tacites du jeu politique. C’est d’ailleurs pour cela qu’il prend généralement tous les autres partis de court, y compris ses propres partenaires, Charles Michel en sait quelque chose.

Gommer les compromis

La N-VA doit sa toute puissance à son score électoral magistral: 33% en 2014. Pour se maintenir au firmament, Bart De Wever doit lutter contre l’usure que provoque le pouvoir, contre les doutes quant à la réalisation des grandes promesses électorales. Il vient donc de retaper sur les vieux clous de son succès. Le combat confédéraliste est ressorti ce week-end lors des vœux du parti, tel un cri de guerre contre la Belgique entière. Gouverner, particulièrement en Belgique, c’est être dans le compromis. L’électeur anti-système – et la N-VA se targue d’être le parti qui va tout réformer de fond en comble – y voit même souvent de la compromission. Toujours est-il que la N-VA, pour participer au pouvoir fédéral, a accepté de mettre entre parenthèse ses velléités purement institutionnelles relevant de la réforme de l’Etat.

Voter N-VA, voter utile

Bart De Wever n’a en vérité qu’un seul véritable interlocuteur, son électeur. Et il veut le rassurer en lui disant de ne pas douter : le vote N-VA reste un vote utile. Bart De Wever ainsi que la N-VA « continuera d’être au gouvernement tant que la politique du gouvernement lui conviendra« . C’est un positionnement contre le Vlaams Belang qui est par nature un vote de contestation mais aussi d’impuissance. Le parti d’extrême-droite, qui a repris des voix à la N-VA aux élections communales, ne pourra (en principe) jamais entrer dans un gouvernement. C’est aussi un recadrage du parti face à l’isolement qui le guette sur l’échiquier politique flamand. L’homme d’Anvers déclare vouloir se mouiller et prendre en mains les rênes de la Flandre, en imaginant qu’il sera demain le ministre-président de la Flandre.

Plus d'actualité