RDC: pourquoi la victoire de Félix Tshisekedi est-elle si controversée?

Félix Tshisekedi a été élu président provisoire de la RDC dans la nuit de mercredi à jeudi. Dans la foulée, tant le peuple congolais que d’autres pays ont contesté les résultats de ce scrutin. Pourquoi ?

belgaimage-143898151

« Ayant obtenu 7.051.013 de suffrages valablement exprimés, soit 38,57 %, est proclamé provisoirement élu président de la République démocratique du Congo M. Tshisekedi Tshilombo Félix », a déclaré Corneille Nangaa, président de la Céni, peu avant quatre heures du matin heure belge. Quelques cris de joie ont retenti dans la salle après cette annonce, mais l’engouement n’a été que de courte durée.

Si la désignation de Félix Tshisekedi n’était pas une surprise, sa victoire l’est davantage. Celui que beaucoup pensaient futur président, Martin Fayulu, crie au « putsch électoral » et « aux résultats fabriqués« . Pourtant, cette issue a tout d’historique puisqu’elle met un terme à la lignée des Kabila au pouvoir depuis 20 ans. Alors pourquoi ces résultats sont-ils virulemment contestés ?

Entre fraudes et doutes

Quelques jours plus tôt, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), en mission d’observation, avait annoncé la victoire de Martin Fayulu après le décompte des bulletins de vote. La Cenco a d’ailleurs mentionné qu’elle avait la preuve de ce résultat et qu’elle rétablirait la vérité.

Certains opposants vont plus loin en accusant les autorités de fraude. Pour eux, aucun doute, il y a des négociations secrètes entre le gouvernement actuel et l’opposant Félix Tshisekedi. Un seul but derrière tout ça : partager le pouvoir entre le vainqueur et Joseph Kabila. Et quand, lors de sa première prise de parole, Félix Tshisekedi s’empresse de rendre hommage à Kabila son « partenaire de l’alternance démocratique« , l’embarras et le doute s’installent.

Du côté de la scène internationale, la France n’a pas mâché ses mots. Pour le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian : « Il semble bien que les résultats proclamés ne soient pas conformes aux résultats que l’on a pu constater ici ou là ». Le ministre appelle au calme et veut à tout prix éviter les affrontements, mais il exige la clarté. De son côté, son homologue belge, Didier Reynders, est lui plus modéré dans ses propos, mais ne semble pas pour autant convaincu. Au micro de la RTBF, il temporise : « ce que l’on attend maintenant c’est de voir la réaction des Congolais eux-mêmes et des observateurs qui ont eu l’occasion de voir comment s’est déroulé le dépouillement ». Didier Reynders rappelle également que la désignation d’un candidat opposant au régime reste une évolution importante pour la RDC, malgré un processus chaotique. Le Conseil de sécurité de l’ONU, où la Belgique a désormais un siège, devrait prochainement réagir.

Coup monté ?

Quoi qu’il en soit, les résultats peuvent encore être contestés et les recours sont possibles auprès de la Cour constitutionnelle, considérée comme acquise au pouvoir de Kabila. Ce recours pourrait invalider l’entièreté des élections et Joseph Kabila resterait donc en place. Un coup monté du gouvernement actuel pour garder le pouvoir ? Une hypothèse aussi possible que redoutée déjà avancée par des spécialistes de la politique congolaise.

Pour une grande partie du peuple congolais – rappelons tout de même qu’un million de personnes n’ont pas pu voter pour des raisons de sécurité sanitaire – la victoire de Félix Tshisekedi reste une excellente nouvelle. « Tout sauf Kabila », soufflaient certains. Reste à savoir si cette joie ne sera pas de courte durée.

Sur le même sujet
Plus d'actualité