Pourquoi les Etats-Unis ont rétrogradé le statut de l’Union européenne

Alors qu'elle disposait d'un statut comparable à celui d'un état, l'UE est rétrogadée en "simple" organisation internationale aux yeux de l'Oncle Sam. Faut-il s'en inquiéter?

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Les faits remontent à la fin 2018. Les Etats-Unis sont en émoi suite au décès de Georges Bush père, dont les funérailles se tiennent à la cathédrale nationale de Washignton le 6 décembre. Assis au premier rang, George, le fils du défunt, accompagné de ses successeurs à la présidence Barack Obama, Donald Trump et leurs familles. Les diplomates et représentants des nations alliées des USA prennent place sur leur siège nomitanif dans les rangées suivantes, et l’un d’entre-eux est un peu perdu. Il se nomme David O’Sullivan et représente l’Union européenne. D’ordinaire appelé en 27ème place, juste derrière l’ambassadeur de France, son nom ne sort cette fois qu’en… 173ème position.

Ce brutal recul dans l’ordre protocolaire signifie que O’Sullivan n’a plus le rang « d’ambassadeur extraordinaire » aux yeux du gouvernement américain, mais seulement celui de « chef de délégation », à l’instar du représentant de l’Union africaine. Après quelques investigations, le vétéran irlandais de la Commission européenne en poste à Washington depuis plus de quatre ans constate qu’il n’est plus invité à certaines cérémonies protocolaires dans la capitale américaine. Hier, une source a confirmé le pourquoi du comment au média allemand Deutsche Welle: les Etats-Unis ont rétrogradé le statut de l’Union européenne au rang de simple organisation internationale…

L’UE même pas informée

L’Union européenne jouissait auprès de l’administration américaine d’un statut comparable à celui d’un Etat. Elle avait obtenu ce statut en 2016, sous la présidence de Barack Obama. Il le lui a été retiré, sans que le département d’État ne l’annonce publiquement, ni même n’informe les intéressés! La délégation européenne à Washington a confirmé mardi que le changement ne lui avait « pas été notifié ». Pas très diplomatique comme manière de procéder… Si la porte-parole de la Commission européenne a déclaré que : « Quels que soient les désaccords politiques avec l’administration américaine, nous restons des amis des Etats-Unis et cette amitié ne va pas s’étioler« , d’autres s’insurgent. « Nous ne sommes pas une simple organisation internationale, s’est emporté un responsable. Il existe un Parlement européen et d’autres institutions politiques. L’enjeu est un peu plus grand que la question de savoir où l’on est assis à des funérailles.« 

Effectivement, l’enjeu est de taille. Donald Trump n’a jamais caché son hostilité envers l’Union européenne. Dans sa logique « America First », le président républicain la décrit comme »un groupe de pays mis ensemble pour tirer avantage des États-Unis« , en particulier sur le plan du commerce. L’actuel locataire de la Maison Blanche a passé la première année de son mandat à suggérer à tous les dirigeants européens qu’il rencontrait de « sortir de l’UE » à l’exemple des Britanniques… en leur faisant miroiter un « deal » commercial bilatéral plus avantageux. Dans un discours prononcé à Bruxelles le 4 décembre, son secrétaire d’État Mike Pompeo ne s’était pas non plus privé de critiquer les « eurocrates », déclarant qu’ils œuvraient au détriment des citoyens européens!

Dégradation diplomatique inexorable?

Cette rétrogadation est une conséquence « matérielle » de l’aversion de Trump pour une Union qu’il considère plus comme un ennemi qu’un allié, sur le plan économique en tout cas. Raison principale: l’excédent commercial appliqué par l’UE vis-à-vis des Etats-Unis. Le président milliardaire a de son côté mis en oeuvre des taxes de respectivement 25 % et 10 % sur l’acier et l’aluminium européen et menace toujours, par ailleurs, d’imposer lourdement l’automobile européenne pour favoriser le marché local. Bonne nouvelle pour ses opposants, le fameux TTIP (Traité de libre-échange transatlantique) semble aujourd’hui être plus un fantasme qu’une réalité…

Mais il n’y a pas qu’en affaires que l’attitude du président américain inquiète les européens. Sur le plan de la politique internationale, Trump a multiplié les attaques à l’égard de ses alliés. Il accuse l’UE de ne pas dépenser assez pour sa propre défense (traduction: de participer insuffisament au financement de l’OTAN, dirigé par les Etats-Unis) et, dans le même temps, il a fustigé l’idée-même de création d’une future armée européenne suggérée par Emmanuel Macron. Une proposition émise quelques jours avant de célébrer le centenaire de l’Armistice de la Première Guerre Mondiale et qui explique l’attitude glaciale de Trump lors des commémorations en France en novembre dernier.

2019 sera-t-elle l’année de la perte de l’allié principal des européens depuis la Seconde Guerre mondiale? Emmanuel Macron, Angela Merkel, Theresa May… aucun dirigeant européen n’a réussi à infléchir l’isolationisme progressif de Donald Trump. Les Etats-Unis ont abandonné nombre d’engagements internationaux contractés sous Barack Obama, qu’il s’agisse de l’accord de Paris sur le climat, du compromis sur le nucléaire iranien ou du retrait du communiqué final du G7 en juin 2018, au Québec… Voilà qui promet un sacré boulot à Didier Reynders s’il est élu secrétaire général du Conseil de l’Europe le 1er octobre prochain.

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