À quoi sert l’ONU ?

La Belgique siégera durant deux ans au Conseil de sécurité des Nations unies. La plus haute instance internationale vit cependant une crise existentielle.

ONU © Belga Image

Pas encore un ring de boxe, mais en tout cas plus l’espace de dialogue plus ou moins constructif qu’il fut jadis. Pour le Conseil de sécurité des Nations unies, 2018 restera dans l’histoire comme une annus horribilis. Le conseil des quinze avait pourtant su faire preuve d’unité en 2017 avec une triple série de sanctions contre la Corée du Nord. Mais la désunion a pris le dessus l’an dernier. “Les échanges ont souvent été brutaux. On ne cherche même plus des consensus, plus personne ne s’écoute, les votes de procédure se multiplient, les positions sont polarisées”, résume un diplomate à l’AFP. Contrairement à il y a 20 ans, le multilatéralisme ne va plus de soi. La présidence Trump est passée par là. C’est dans ce contexte pour le moins tendu que la Belgique a rejoint le 1er janvier la table du Conseil. Le poste lui offrira une grande visibilité pendant deux ans. Notre pays tâchera d’apporter son expertise en matière de dialogue. Son thème de campagne était justement “bâtir le consensus, agir pour la paix”.

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a mené campagne durant deux ans pour l’obtention du siège belge au Conseil de sécurité. 181 pays sur les 188 membres présents ont voté pour notre pays.

L’instance internationale n’a en tout cas pas vocation à faire de la figuration. Sa responsabilité ? Le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Rien de moins. Et les défis restent nombreux. Les missions de maintien de la paix ou d’observation dans le monde, c’est elle. Quelque 100.000 Casques bleus sont ainsi déployés actuellement sur le terrain. Les nombreuses résolutions approuvées chaque année, c’est toujours elle. Une des dernières remonte au 13 décembre et autorise l’acheminement de l’aide humanitaire en Syrie malgré le refus du régime Assad. Et derrière le récent cessez-le-feu entre le gouvernement légal du Yémen et les rebelles houthistes, c’est une fois de plus un envoyé spécial de l’ONU qui était à la manœuvre. Même si le Conseil ne fait parler de lui que par intermittence dans les médias, ses réunions s’enchaînent presque chaque jour. Un rapide coup d’œil à l’agenda officiel en témoigne. Au mois de décembre, pas moins de 34 débats, auditions et réunions étaient ainsi inscrits à l’ordre du jour.

Un tiers des 15 membres siègent de manière permanente depuis la création du Conseil en 1945 : la Chine, les États- Unis, la Russie, la France et le Royaume-Uni. Les dix autres membres se font élire par l’assemblée générale pour un mandat de deux ans. Un honneur dont la Belgique a bénéficié pour la sixième fois. Quatre autres pays l’ont accompagnée le 1er janvier au siège new-yorkais : l’Allemagne, l’Afrique du Sud, la République dominicaine et l’Indonésie. Reste à savoir quels consensus seront encore possibles en 2019 avec des États-Unis de plus en plus imprévisibles.

L’annonce soudaine et non concertée du départ des troupes américaines en Syrie montre à quel point le système multilatéral est sous pression. Pour notre petit pays, il s’agira de tout faire pour mettre de l’huile dans les rouages. “Des grands pays comprennent qu’il vaut mieux que le multilatéralisme fonctionne, mais un pays de notre taille y a encore plus intérêt”, souligne un porte-parole du SPF Affaires étrangères.

Un trio belge à la manœuvre

Notre pays dispose de trois personnes pour le représenter. En plus du directeur, qui a valeur d’ambassadeur, se trouvent deux ambassadeurs adjoints. Outre la défense du consensus, la Belgique souhaite mettre en avant la lutte contre le fléau des enfants soldats et la promotion de l’égalité hommes-femmes. “Notre avantage, c’est qu’on est un pays de petite taille et qu’on n’a pas d’agenda caché”, nous précise encore le SPF Affaires étrangères.

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