Fortis, l’impunité…

Selon que vous serez puissant ou misérable, la justice sera plus ou moins diligente…

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Rien. Il ne s’est rien passé chez Fortis, en 2008. Les années précédentes non plus, quand le top management de la plus grande banque belge jouait au casino des subprimes avec notre argent. Et ils n’ont rien dissimulé non plus à leurs milliers d’actionnaires de leurs chipoteries dans la mégalo-tentative de rachat de la banque néerlandaise ABN-Amro. En 2012, suite à une première plainte déposée en… 2008, Maurice Lippens (ex-président de Fortis), Jean-Paul Votron (ex-CEO) et cinq autres hauts dirigeants avaient pourtant été inculpés pour avoir publié des informations trompeuses et même de fausses pièces dans les comptes annuels 2007. Au tribunal, ça s’appelle faux et usage de faux, escroquerie et infractions à la loi sur les marchés financiers. Du lourd. On a connu la suite : Fortis a été rachetée dare-dare par l’État, donc par nous, pour la sauver de la faillite et ne pas tout perdre.

Mais attention ! On allait voir ce qu’on allait voir : toute la clarté serait faite et les anciens dirigeants allaient morfler. Sauf que nous sommes en Belgique. Et en Belgique, il y a un truc hyper-pratique pour les puissants: la réjouissante lenteur d’une justice sous- financée, qui leur permet d’attendre tranquillement la prescription. Pour les avocats de ces puissants, c’est un jeu d’enfant de faire lambiner les procédures, de demander une flopée de devoirs complémentaires, de contre-expertises, tout ça face à un ministère public rachitique, sous-équipé, donc lent et finalement impuissant dans ce micmac organisé par la défense… Résultat ? 2008-2018. Après dix ans, le Parquet de Bruxelles “n’est pas parvenu au degré de certitude nécessaire relative à un faux dans les comptes”. Et pour l’escroquerie et les infractions à la loi sur les marchés financiers ? Les faits sont prescrits ou le seront très bientôt. Il n’y aura donc pas de procès Fortis. Lippens & Consorts ne seront pas poursuivis. Ils ne devront même pas avoir recours à une autre “facilité” pour puissants inculpés : la transaction pénale, qui met fin aux poursuites en échange d’une somme d’argent (négociée). Ça, ça s’appelle de l’impunité. D’ailleurs, au fond, est-ce qu’elle a vraiment eu lieu, la crise financière de 2008 ? Pas sûr.

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