L’année 2018 selon Donald Trump

On lui prédisait une “année de tous les dangers”. Finalement, le président américain aura été peu égratigné. Il commence même à imposer son style.

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Pendant sa deuxième année à la Maison Blanche, le président a moins brillé par ses actions concrètes – aucune réforme législative significative n’a été mise en œuvre – que par sa verve, ses tweets évocateurs, son étrange conception de la diplomatie ou la gestion de son administration. “C’est pour le moins original, analyse Amine Ait-Chaalal, professeur de relations internationales à l’UCLouvain. Personnalité, style, communication… Il a instauré une tout autre dynamique, ce qui est complètement inhabituel et s’avère difficile à gérer, aussi bien pour les politiciens de son pays que pour les alliés des États-Unis.” Reste que Donald Trump a en partie raison : en surface, tout va bien.

L’économie du pays est au beau fixe et le taux de chômage au plus bas. “Mais on sait que ce n’est pas l’arrivée un jour d’un individu au pouvoir qui améliore tout d’un coup de baguette magique. Ce sont des politiques amorcées auparavant qui continuent à porter leurs fruits aujourd’hui”, tempère le politologue. L’administration Trump mène cependant une politique “pro-business” plutôt favorable au milieu des affaires. La baisse des impôts a ainsi permis aux entreprises d’engranger plus de bénéfices cette année. Cependant, la dette du pays augmente… Certains y voient déjà le signe d’un réveil douloureux en 2019.

Trump, lui, est content. Il lève les deux pouces et se félicite d’avoir eu la possibilité cette année de procéder à de nombreuses nominations de juges. Dont celle de Brett Kavanaugh à la Cour suprême, la plus haute juridiction du pays, sur fond de polémique et d’accusation d’agression sexuelle. “Certains présidents avaient l’habitude de choisir des personnes moins controversées. Il a fait le choix de satisfaire son électorat.”

Donald Trump réussit à garder dans ses bonnes grâces ceux qui le soutiennent depuis le début. Cette année, il a sorti le grand jeu du protectionnisme : taxes sur l’importation d’acier et d’aluminium, renégociation à son avantage de l’accord de libre-échange nord-américain, bataille commerciale avec la Chine… Encore une fois, il est loin de mettre tout le monde d’accord, y compris dans le camp républicain. “La population est profondément divisée. Ceux qui ne le soutenaient pas n’ont pas changé d’avis, et vice versa. Sa popularité globalement n’a pas vacillé parmi ses fans et il a réussi à garder son électorat qui l’approuvait, l’acceptait et le soutenait notamment pour son côté hors système. Il a trouvé un angle d’approche qui a résonné auprès des populations se sentant oubliées, méprisées.”

Et ce, malgré les casseroles. Depuis plus d’un an, Robert Mueller, ancien patron du FBI, mène une enquête sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016 et la probable connivence avec les équipes du candidat Trump. L’étau se resserre. “On dit que cette enquête est presque terminée, mais personne ne sait exactement quand elle sera publiée, ce qu’il y a précisément dedans, et quelles en seront les conséquences. Mais elle a véritablement déstabilisé la présidence depuis le début.” Des têtes sont déjà tombées. Son ancien chef de campagne est en prison, son ancien avocat Michael Cohen ne va pas tarder à le rejoindre. Et le turnover dans l’administration est deux fois plus élevé que pour ses prédécesseurs. En deux ans, les deux tiers du staff ont été renouvelés. “Il gère son administration comme ses entreprises. Ses collaborateurs sont davantage des employés que des défenseurs de l’État.”

À l’international, Donald Trump persiste et signe. Après être sortis de l’Unesco et de l’accord de Paris sur le climat, les États-Unis se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien. “Le pays est tellement puissant que ce genre de décision impacte le reste du monde et déstabilise les dynamiques mises en place”, observe Amine Ait-Chaalal. Les dirigeants du monde entier ne savent d’ailleurs plus sur quel pied danser. “Il n’utilise pas les codes habituels de la diplomatie. Il décide de manière relativement impulsive s’il a parfois des rapports cordiaux, plus ou moins durables, avec les uns et les autres.” On a pu ainsi voir le président américain serrer la main du dictateur nord-coréen Kim Jong-un lors d’un sommet qui n’avait d’historique que le nom puisque les effets concrets en sont encore très flous. Il ne tarit pas d’éloges sur Vladimir Poutine, “un homme fort et puissant” et refuse de condamner publiquement Moscou pour l’ingérence dans la campagne présidentielle. Tandis qu’avec les dirigeants des alliés de toujours, la France ou l’Allemagne, l’entente est un peu moins joviale.

America great again, again

Mais la manière Trump fait des émules. Au Brésil, le président fraîchement élu Jair Bolsonaro est surnommé “le Trump tropical” et ne cache pas qu’il s’en inspire. En Europe, on reste prudent quant à la comparaison. “Dans des petites choses comme sa manière de communiquer, il est vrai que certains n’y restent pas insensibles. Surtout quand on voit que ça fonctionne. Il n’est pas impossible qu’il ait pu être une source d’inspiration pour certains dirigeants, peut-être en Italie… Mais Donald Trump n’est ni le premier, ni le dernier à faire de la politique de manière peu conventionnelle.” N’empêche que sa politique semble fonctionner. Sa cote de popularité rejoint celle de ses prédécesseurs à ce stade de leur mandat. Il pourra compter sur le soutien inébranlable de sa base d’électeurs en 2020. Car à ce stade, l’hypothèse de la réélection n’est pas improbable. Il faudra attendre de voir ce que lui réserve l’an prochain. Le rapport de Robert Mueller sur les ingérences russes pourrait peut-être lui être fatal… 2018 was great, mais 2019 n’est pas encore gagné.

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