Pourquoi les « populistes » pensent avoir toujours raison?

En Europe, une personne sur quatre est prête à voter "populiste". Selon un groupe de chercheurs britanniques, il y a une explication scientifique au phénomène politique… et c’est étonnant.

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Dans les débats politiques, certaines personnes sont extrêmement douées pour les joutes argumentatives. D’autres non, et pourtant elles pensent avoir toujours raison. C’est particulièrement le cas pour les individus qui défendent des idéaux politiques « extrêmes ». Même en démontrant objectivement qu’ils ont torts, beaucoup refuseront d’acquiescer et de reconnaitre qu’ils se trompent. Tous bornés ? Probablement, mais pas seulement…

Une étude britannique menée par des chercheurs du University College of London auprès d’un millier d’individus a révélé que les personnes qui défendent des positions politiques « radicales » ou populistes* ont une défaillance psychologique commune, et ce qu’ils soient de gauche ou de droite. Les « fachos » et les « cocos », tous des abrutis ? C’est un peu plus compliqué que ça… L’explication scientifique se situe au niveau de la métacognition. En psychologie, la métacognition » est la « cognition sur la cognition ». Autrement dit, la métacognition consiste à avoir une activité mentale sur ses propres processus mentaux, c’est-à-dire « penser sur ses propres pensées ». Grosso modo, il s’agit de la capacité à pouvoir soi-même se remettre en question et à évaluer si l’on a raison ou tort.

Les « populistes » davantage sûrs d’eux-mêmes

Les chercheurs britanniques ont donc étudié deux groupes différents d’individus – 381 dans le premier échantillon et 417 dans le second – pour essayer de corroborer leurs résultats. Ils ont d’abord donné au premier groupe une enquête pour tester à quel point leurs opinions politiques étaient conservatrices ou libérales. Après avoir répondu au questionnaire, le premier groupe fit un simple test tout à fait objectif : chaque individu devait regarder des points noirs assemblés en groupe sur des fiches blanches, et rapidement identifier laquelle de ces fiches en dénombrait le plus. Ensuite, il devait évaluer à quel point il était sûr de son choix sur une échelle de certitude. D’après les résultats, les gens avec des opinions politiques « radicales » ont accompli l’exercice avec plus ou moins la même précision que les participants « modérés ». Non, ils ne sont donc pas (forcément) plus limités intellectuellement…. En revanche, les « modérés » avaient tendance à avoir moins confiance en eux lorsqu’ils se trompaient dans les fiches, contrairement aux « radicaux » qui restaient persuadés d’avoir raison.

« C’est un fait, les gens qui défendent des positions extrêmes ont tendance à avoir plus confiance en leur propre opinion que les autres « , a déclaré Steve Fleming, un des scientifiques en charge de l’enquête. Cette trouvaille révèle que la métacognition des « radicaux » jouent un rôle dans la manière dont ils construisent leurs idéaux… Mais pour l’heure, les chercheurs ne savent pas dans quelle mesure les idéaux « radicaux » influencent la métacognition, et inversement. « La polarisation des idées politiques, religieuses et scientifiques menace nos sociétés ouvertes, menant à une radicalisation des idées et une négativité ambiante qui occulte le concept-même du consensus, poursuit Steve Fleming. Comprendre le rôle que joue la métacognitions dans la polarisation pourrait nous aider à regagner du terrain et retrouver le chemin de la compréhension mutuelle. »

Les prochaines avancées des chercheurs pourront-elles déterminer dans quelle mesure notre cerveau est « programmé » à adhérer aux idées défendus par les formations politiques « radicales » ? Voilà qui pourrait expliquer pourquoi un quart de la population européenne est prête à donner sa voix à un parti populiste, comme le révélait The Guardian en novembre. Le célèbre quotidien britannique a d’ailleurs publié une enquête en ligne pour déterminer à quel point ses lecteurs sont « populistes » en 20 questions. Un test amusant (quoique… enfin, c’est selon) traduit par nos confrères du Courrier international et auquel vous pouvez participer en cliquant ici. Bonne chance !

*Le terme « populisme » possède une double signification. Ce mot désigne à la fois la défense du peuple dont la souveraineté serait confisquée par une élite corrompue, et à la fois un courant de pensées prônant la rupture avec le système politique et économique actuel.

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