Les élections congolaises reportées d’une semaine

La Commission en charge de l'organisation des élections congolaises a décidé de reporter les élections au dimanche 30 décembre. 

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Ce ne sera pas encore pour cette fois. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni), chargée d’organiser les élections présidentielles, législatives et provinciales du 23 décembre au Congo, demande encore un peu de rab. Elle a décidé de reporter le scrutin d’une semaine. Une décision qui intervient après l’incendie, au cœur de Kinshasa, d’un entrepôt dans lequel une partie des machines à voter destinées aux électeurs de la capitale est partie en fumée. Hier, le président de la Ceni, Corneille Nangaa, a signalé aux ambassadeurs des pays occidentaux et à la représentante spéciale de l’ONU qu’à la vue de ces récents problèmes techniques, il ne pouvait que retarder le triple scrutin. Ce jeudi, il a d’emblée lancé un appel au calme durant une conférence de presse. Sera-t-il entendu par la population et l’opposition ?

La tâche de la Ceni était aussi immense que le territoire couvert par les élections. Il s’agissait d’équiper plus de 80 000 bureaux de votes à travers un pays grand comme quatre fois la France et pas particulièrement reconnu pour son réseau routier. D’autant que la Ceni n’a reçu que dimanche dernier les 166 tonnes de bulletins et procès verbaux à distribuer dans les 26 provinces du pays. Dans son édition du jour, La Libre cite un membre de la Commission amateur de calcul : avec les 100 000 machines ouvertes durant douze heures, à six minutes par votant, seuls 15 des 40 millions d’électeurs inscrits pourront déposer leur bulletin dans l’urne.

Un report salvateur pour la majorité

A l’annonce de ce joyeux bordel, il est reproché au pouvoir en place d’avoir rejeté l’aide de la communauté internationale. Il s’était en effet obstiné à organiser seul des élections estimées officiellement à quelques 500 millions de dollars (officieusement, on parle du double). Dans la capitale, on craint une montée de la colère des Congolais, qui attendent des élections présidentielles depuis plus de deux ans et combattent les fantasmes de prolongation de mandat de Joseph Kabila depuis janvier 2015. Ce report jette de l’huile sur un feu qui couve depuis quatre ans et sera probablement extrêmement mal accueilli par la société civile et l’opposition. Moïse Katumbi, l’un des principaux candidats à la présidence, expliquait le week-end dernier dans les colonnes de La Libre que le pouvoir et la Ceni « ont amplement eu le temps de préparer de bonnes élections s’ils l’avaient vraiment voulu. Tant Joseph Kabila que Corneille Nangaa ont encore récemment menti publiquement en affirmant qu’il y aurait des élections ‘parfaites’ le 23 décembre. Ils n’ont aucune excuse à faire valoir. En cas de demande de report, aussi court soit-il, Kabila et Nangaa devront assumer les conséquences de cette mascarade. »

Les nouveau report des élections intervient alors que Martin Fayulu, devenu au fil des semaines l’un des (voire le) favoris des présidentielles, est toujours bloqué à l’extérieur de Kinshasa. Il n’a pas pu assurer son meeting prévu dans la capitale, officiellement pour des raisons de sécurité, la campagne électorale étant terminée. Son retour conjugué à ce report font craindre aux autorités une nouvelle descente du peuple dans la rue. Les spécialistes estiment que face à Fayulu et Félix Tshisekedi, fils de l’ancienne figure politique Etienne Tshikedi, le candidat choisi par Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary n’a aucune chance. C’est donc bien à la majorité que profite le crime du nouveau report des élections présidentielles.

Pour rappel, elles devaient avoir lieu fin 2016, mais dès janvier 2015, Joseph Kabila tentait de forcer un troisième mandat pourtant anti-constitutionnel. Une annonce qui avait provoqué la colère du peuple congolais et de nombreuses violences à Kinshasa et dans les provinces. Face au feu qui jaillit des rues et fit une quarantaine de morts, Kabila dut se résoudre à la tenue de nouvelles élections. Les partis politiques ont d’abord parlé de décembre 2017, mais la Ceni les a rapidement calmé. Le scrutin devait finalement avoir lieu ce 23 décembre. C’est raté.

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