Pour cent euros, t’as quoi en 2018?

Notre enquête montre que les Belges francophones sont écœurés de consommer trop. Pourtant, ils ont l'impression que le coût de la vie a explosé. On s'est demandé quelle était la réalité, histoire de savoir où on en était dans notre manière de consommer.

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Le pouvoir d’achat… a augmenté

Notre enquête montre que vous êtes près de neuf sur dix a trouver que vous consommez trop et que vous gaspillez. Le résultat est sans appel. Pourtant, les gilets jaunes manifestent contre le coût des carburants « devenu impayable ». Et la problématique du pouvoir d’achat est sur la table du gouvernement fédéral. Nous vivons en plein paradoxe. L’économiste Philippe Defeyt de l’institut pour un développement durable , ancien président d’écolo, a fait ses comptes. Et ce qu’il a découvert est interpellant : en vingt ans, globalement, notre pouvoir d’achat a augmenté.

Des augmentations spectaculaires

Philippe Defeyt a passé au crible l’évolution des prix entre 1998 et 2018. Que voit-on ? D’un côté, il y a des hausses. Ce que nous devons débourser pour notre logement, pour les boissons alcoolisées ou le tabac a augmenté plus vite que notre revenu disponible moyen. « Ceci explique que le logement est devenu un enjeu social majeur », souligne Philippe Defeyt. Le prix de l’eau et de l’électricité a doublé et le mazout de chauffage a triplé. Ces hausses spectaculaires marquent les consommateurs et expliquent le mouvement des gilets jaunes. Par ailleurs ces augmentations-là pèsent plus fort sur les petits revenus puisque la part de budget qu’ils sont obligés de débourser est plus élevée que celle des autres consommateurs.

Des baisses inaperçues

De l’autre côté, ça ne va pas si mal que ça. Ce que nous coûtent les vêtements, les meubles, les appareils ménagers, les dépenses liées à la santé, aux loisirs et à la culture a faiblement progressé. Certains objets ont donc très peu augmenté, voire même ont diminué. Mais, souligne Philippe Defeyt, ces produits sont consommés moins fréquemment. Il est donc plus difficile pour les consommateurs dont la mémoire est plutôt courte de s’en rendre compte. En réponse aux gilets jaunes enfin, le coût des carburants pour voiture a bien doublé mais les dépenses d’utilisation des voitures restent contenues à une hausse de77% et les prix des voitures n’a augmenté que de 27%.

Mon chariot se vide

Si le pouvoir d’achat augmente, pourquoi un tel malaise ? Parce que lorsqu’on va au supermarché, on a de moins en moins dans notre chariot. Malheureusement, ce sont les produits qu’on consomme le plus qui augmentent le plus. Les courses alimentaires coûtent plus cher. Par contre, les produits qu’on consomme moins ont peu augmenté. On paie aujourd’hui moins cher notre machine à laver mais qui se souvient de ce qu’il avait déboursé la dernière fois qu’il a dû en acheter une ?

Le phénomène de la salade

Le consommateur n’a pas beaucoup de mémoire. Il prend aussi de nouvelles habitudes sans toujours se rendre compte des implications pour son portefeuille. Si on passe de la salade en vrac à la salade pré lavée et pré emballée, on paiera trois à quatre fois plus cher. Un nombre croissant de repas sont pris à l’extérieur. En vingt ans, on consomme autrement et pas tellement de manière plus économe. Plus personne ou presque ne fait ses tartines. Or le sandwich du service traiteur est extrêmement cher. Et puis, nous prenons désormais beaucoup plus l’avion, une dépense que beaucoup de personnes n’avaient pas il y a vingt ans. « On doit réfléchir. On oublie trop vite. On s’habitue à avoir une tablette, une salade pré-emballée et un voyage en avion. Le principal modèle de consommation passe à travers de la publicité mais aussi les feuilletons. On est entourés de normes sociales qui poussent à la consommation.On est tous embourbés dans le système, les pulsions, les envies. Il faut être solide pour résister à ça », conclut Philippe Defeyt.

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