80 journalistes tués dans le monde: le rapport effrayant de Reporters Sans Frontières

Reporters Sans Frontières publie ce mardi un rapport qui fait froid dans le dos. En 2018, 80 journalistes ont été tués, soit 8% de plus que l’année dernière.

©Reporters Sans Frontières

Depuis 1995, l’organisation internationale pour la liberté de l’information, Reporters Sans Frontières (RSF), rédige un rapport sur la situation des journalistes dans le monde. Et les résultats pour l’année écoulée sont loin d’être le reflet d’une presse libre et en sécurité. 80 journalistes tués pour avoir exercé leur mission d’information, 3 disparus, 60 otages et 348 détenus à travers le monde. Si RSF se réjouissait l’année dernière de voir ces chiffres diminuer, force est de constater que l’amélioration ne fût que de courte durée.

Et les autres conclusions tirées dans ce rapport ne sont guère plus rassurantes. Certains cas ont illustré l’actualité pendant plusieurs semaines comme l’affaire Khashoggi, assassiné au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul ou celui de Jan Kuciaz tué par balles avec sa compagne à quelques kilomètres de la capitale slovaque. Ils n’ont pas fait la couverture des journaux, mais 47 autres journalistes ont été tués délibérément en raison de leur profession.

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Des morts qui rapportent à 702 le nombre de journalistes professionnels tués en dix ans.

Tous les voyants sont au rouge

RSF dresse également une carte des pays les plus meurtriers. Si certains pays en guerre sont tristement habitués à ce classement (Afghanistan, Syrie), d’autres – en paix – font leur entrée au palmarès macabre. C’est notamment le cas des États-Unis suite à la fusillade sanglante contre la rédaction du Capitol Gazette survenue en juin dernier.

Les violences contre les journalistes atteignent un niveau inédit cette année ; tous les voyants sont au rouge, a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF sur le site de l’organisation. La haine contre les journalistes proférée, voire même revendiquée, par des leaders politiques, religieux ou des businessmen sans scrupules a des conséquences dramatiques sur le terrain et se traduit par une hausse inquiétante des violations à l’égard des journalistes. » 

Les plus grandes prisons du monde

Et le nombre de journalistes décédés n’est pas le seul à avoir augmenté : 7% de détenus supplémentaires (professionnels, non professionnels et collaborateurs de médias confondus). Majoritairement enfermés dans ce que RSF qualifie de « plus grandes prisons du monde » : la Chine (60 prisonniers), l’Égypte (38) ou encore la Turquie (33). « Le bilan de RSF repose sur une méthodologie rigoureuse qui vise à établir au cas par cas le lien entre la détention et l’exercice du journalisme », précise le site de Reporters Sans Frontières. Des journalistes qui tentent fréquemment de « pallier à une presse traditionnelle de plus en plus verrouillée ».

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Depuis mai 2015, RSF coordonne la campagne #ProtectJournalists pour la nomination d’un représentant spécial à la protection des journalistes aux Nations unies. De nombreux médias, organisations et syndicats se sont joints au mouvement et affirment leur soutien. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a déjà nommé 14 points en charge de la sécurité des journalistes.

Début du mois, l’hebdomadaire américain le Time avait érigé en personnalités de l’année les « Guardians and The War on Truth », ces journalistes emprisonnés ou assassinés pour avoir fait leur métier. L’occasion de rappeler que les journalistes sont les gardiens de la liberté de la presse et de la démocratie.

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