« Nous sommes invisibles aux yeux de la loi » : les travailleurs et travailleuses du sexe manifestent à Bruxelles

La journée internationale contre les violences faites aux travailleurs du sexe inspire de nombreuses marches aux quatre coins du monde, dont une à Bruxelles. Pour dénoncer des "violences" très éloignées de celles qu’on aurait pu a priori imaginer.

© Didier Lebrun / Photo News

« Nous n’avons rien, nous sommes absolument invisibles, nous n’existons pas aux yeux de la loi », nous confie Marie, membre active d’Utsopi, l’une des associations organisatrices de la marche de solidarité contre les violences faites aux travailleurs du sexe (TDS) prévue cette après-midi à Bruxelles. L’Union des Travailleurs Sexuels Organisés pour l’Indépendance est une sorte de syndicat « auto-organisé, pour plus d’enpowerment et d’autonomie ».

Il est rejoint aujourd’hui par les associations Espace P et Alias, à l’occasion de cette quinzième Journée internationale contre les violence faites aux travailleurs du sexe. Utsopi souhaite attirer l’attention sur les nombreux cas d’injustice vécus par les travailleurs du sexe dans notre pays. Elle indique dans une lettre ouverte conjointe avec Alias et Espace P que « les violences et injustices vécues par les TDS ne sont pas inhérentes à la pratique du métier mais davantage des conséquences directes des conditions dans lesquelles s’exerce l’activité du travail du sexe ». Ce que nous confirme Marie, TDS depuis une vingtaine d’années : « Cela fait 25 ans que je fais ce métier, je n’ai jamais été agressée par un client. Les principales violences à notre encontre, ce sont des violences constitutionnelles, des stigmatisations », explique-t-elle. « Ce que nous demandons, c’est un statut clair et net, comme tout autre travailleur ».

Légal, mais flou

En Belgique, on dénombre entre 25.000 et 30.000 TDS. Dans notre pays, s’il est parfaitement légal pour une personne majeure de se prostituer, plusieurs interdictions (proxénétisme, racolage, publicité) et règles rendent cette activité professionnelle assez floue, particulièrement en termes de droit social, fiscal, administratif et pénal. « La stigmatisation, la discrimination et la criminalisation profondément enracinées alimentent toujours la violence contre les travailleu(r)ses du sexe dans le monde entier. Nous exigeons des environnements juridiques permettant aux travailleu(r)ses du sexe de vivre et de travailler sans violence », revendique Utsopi sur sa page Facebook.

Un autre problème relevé par ces associations est le fait que la loi belge confie aux communes la responsabilité de « gérer l’ordre public sur leur territoire ». Dans certaines localités, on chasse ainsi les prostitué(e)s de rue et/ou on taxe les lieux de prostitution. « Les bourgmestres veulent nous invisibiliser. Ils peuvent alors dire : ‘Il n’y a plus de prostitution dans mon quartier’. Or, tout le monde sait pertinemment qu’une fois que ces femmes sont dans la clandestinité, elles sont en danger », continue Marie. Le manque de visibilité de la profession empêche malheureusement de chiffrer les violences subies par les prostitué(e)s.

Police solidaire

S’il s’agit de la quinzième Journée internationale contre les violence faites aux TDS, c’est par contre la première fois que la police bruxelloise y participe. Des membres de la brigade des mœurs bruxelloise (dirigés par la commissaire Karine Minnen) seront en effet présents. Un beau geste de solidarité salué par Utsopi qui confirme entretenir une belle collaboration avec les forces de l’ordre : « Nous n’avons pas de gros soucis avec eux, que du contraire ! Quand nous avons un problème ils sont là pour nous aider », rappelant le meurtre d’une prostituée de 23 ans en juin dernier à Schaerbeek : « Les travailleuses pensaient que la police ne ferait rien, car Eunice (le prénom de la victime – NDLR.) était une femme de couleur sans papiers, mais la police a fait le maximum », et le coupable a été arrêté. Ce soutien policer est évident pour Marie : « Si on avait un statut clair, la police aurait beaucoup plus de facilités à détecter les réseaux. Ici c’est laissé à l’appréciation de chacun. Donc tout le monde fait ce qu’il veut ».

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