Manger moins de viande pour sauver la planète

Les Européens consomment plus de deux fois plus de bœuf et de porc que ce que les autorités nationales préconisent.

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Le futur de l’homme dépend de son alimentation. En 2018, notre système de production alimentaire menace d’extinction 10.000 espèces, émet environ 30% de gaz à effet de serre et génère 80% de notre pollution en azote et en phosphore. Peut-être serait-il temps d’en repenser les fondements.

Un article publié dans Sciences Magazine révèle que certaines productions de viande et de produits laitiers sont plus dommageables que d’autres, mais qu’elles sont toutes plus dommageables pour le monde vivant que la culture de protéines végétales. Il montre que l’élevage occupe 83% des terres agricoles de la planète, mais ne fournit que 18% de nos calories. Un régime à base de plantes réduit l’utilisation des terres de 76% et réduit de moitié les gaz à effet de serre et les autres polluants résultant de la production alimentaire.

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Les Européens mangent plus de deux fois plus de viande que ce que les autorités nationales en charge de l’alimentation préconisent. En conséquence, un nouveau rapport du World Resources Institute, lancé lors du sommet des Nations Unies sur le climat à Katowice en Pologne, fait suite à d’autres analyses scientifiques majeures montrant qu’une réduction considérable de la consommation de viande est «essentielle» pour éviter un changement climatique dangereux. Un autre a découvert qu’éviter la viande et les produits laitiers était le moyen le plus efficace de réduire l’impact environnemental d’un individu sur la planète, pour tenter de ralentir l’anéantissement de la faune et essayer de guérir les zones mortes dans les océans.

D’énormes «ajustements» sectoriels seront nécessaires d’ici 2050 pour rééquilibrer le secteur afin d’éviter de détruire la capacité de la planète à nourrir les 10 milliards de personnes attendues sur la planète d’ici-là. Notamment une réduction de 90% de la consommation de bœuf pour être remplacées par cinq fois plus de haricots et de légumineuses. Mais aussi une baisse de 74% des émissions de gaz à effet de serre et une réduction de 60% de l’utilisation d’engrais à base de nitrates si l’on ne veut pas assister à une catastrophe environnementale.

« Il est possible de nourrir une population mondiale de 10 milliards de personnes, mais seulement si nous modifions notre façon de manger et de produire des aliments » expliquait au Guardian le professeur Johan Rockström de l’Institut de recherche sur l’impact du climat de Potsdam en Allemagne. « Rendre le secteur alimentaire plus écologique ou dévorer notre planète: c’est ce qui est au menu aujourd’hui. »

Pour diminuer notre impact et consommer judicieusement, il pourrait être intéressant de labelliser nos produits alimentaires. On le fait bien pour nos frigos et nos télés, affichant des étiquettes qui renseignent quels sont les services écologiques et durables depuis de nombreuses années. En effet, un produit peut avoir un impact environnemental drastiquement plus important qu’un produit équivalent sur le plan du goût, du coût et de son apport nutritionnel et ce quelle que soit sa qualité. Mieux, selon une étude d’Agroscope, l’impact de notre alimentation sur l’environnement pourrait être réduit de plus de 50 % – et ceci sans renoncer totalement à la viande.

Romano Prodi, président de la Commission européenne en 2000, avait déjà lancé l’idée d’un système de label il y a quelques années «les consommateurs ont le droit de voir des étiquettes sur les produits alimentaires énumérant les ingrédients ainsi que des informations sur des aspects environnementaux et moraux que les consommateurs pourraient considérer comme importants en faisant leurs achats de nourriture». De cette manière, l’acheteur pourrait choisir entre des produits dits « normaux » et des « éco-produits » similaires, qui auraient un impact plus favorable à l’environnement.

Il est également essentiel de réduire le gaspillage alimentaire. Toujours selon le World Resources Institute, environ le quart des aliments produits pour la consommation humaine ne sont pas consommés. Les pertes et les gaspillages se produisent tout au long de la chaîne alimentaire, du champ à la fourchette. Réduire les pertes et les gaspillages alimentaires de 25% d’ici 2050 permettrait de réduire le déficit alimentaire de 12%, le manque de terres de 27% et d’atténuer les émissions de gaz à effet de serre de 15%. On commence quand ?

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