Assita Kanko (ex-MR) rejoint la N-VA, « un parti chaleureux qui prône une politique migratoire organisée »

Comment une Bruxelloise immigrée et militante engagée pour l’égalité hommes-femmes a-t-elle pu rejoindre les rangs du parti nationaliste flamand ? La principale intéressée s’est expliquée, sans langue de bois… ou presque.

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L’ex-conseillère communale ixelloise du MR Assita Kanko, qui avait pris ses distances avec l’action politique directe en vue du dernier scrutin communal d’octobre, se présentera lors des prochaines élections de 2019 sur une liste N-VA, a annoncé vendredi la formation nationaliste flamande. »Dans les circonstances actuelles, je ne veux pas suivre la politique de manière passive, mais jouer à nouveau moi-même un rôle et prendre la parole », a-t-elle dit, citée dans une communication de sa nouvelle formation, la Nieuw-Vlaamse Alliantie.

Moustique a souhaité comprendre pourquoi cette Bruxelloise immigrée (elle est venue en Belgique à 24 ans en provenance du Burkina Faso) et militante engagée pour l’égalité hommes-femmes (elle a écrit deux livres : « Parce que tu es une fille : histoire d’une vie excisée » et « Leading ladies : Prenez votre part de pouvoir ») a voulu rejoindre les rangs du parti nationaliste flamand. Entre deux rendez-vous, Assita Kanko a accepté de répondre à nos questions. Voici ses explications.

À quand remontent vos premiers contacts avec la N-VA?

Assita Kanko : Mes premiers contacts remontent à 2017 quand j’ai reçu un prix de la part de la N-VA. À cette occasion, j’ai pu rencontrer des représentants du parti comme Bart de Wever et nouer une relation avec le parti. Cette relation a ensuite évolué vers une appréciation mutuelle.

En 2017, on vous avait déjà ouvert la porte du parti ?

Non pas du tout, ça n’avait rien à voir. J’étais la neuvième personne à recevoir ce prix et on avait juste fait connaissance. Progressivement la relation s’est développée. Il n’était pas question d’intégration du parti à ce moment-là de toute façon, puisque je n’étais plus active politiquement. Ça a été tout à fait progressif et je n’ai pris cette décision que tout récemment. Cette semaine c’était clair et net, j’ai donc franchi le pas.

Qu’est-ce qui vous a décidé concrètement ?

Je n’ai pas fait un choix contre le MR mais pour la N-VA. C’est un parti au sein duquel je me sens bien. C’est une nouvelle famille politique dans laquelle je vais pouvoir continuer à défendre les dossiers qui me tiennent à cœur comme le droit des femmes, les valeurs des Lumières, l’émancipation et l’intégration à travers une politique qui veut se veut efficace au niveau de la gouvernance. Humainement, des relations humaines fortes se sont créées dans le parti. C’est aussi pour cela que c’était une évidence.

La N-VA manque d’un visage fort à Bruxelles. Vous vous positionnez comme tel en prévision des élections de mai prochain ?

Moi je fonctionne en équipe et on va agir comme tel sur le terrain pour que chacun puisse apporter ce qu’il est capable d’apporter.

La N-VA souhaite une migration organisée qui garantisse la sécurité de tous.

Qu’est-ce qui vous a décidé à ne pas retourner au MR ?

Je sentais que j’allais bien m’intégrer à la N-VA et qu’on était sur la même longueur d’onde pour assumer une position qui n’est pas floue sur les différents dossiers. Les positions sont claires et assumées. Et je crois que c’est comme ça qu’il faut faire de la politique, il faut être sincère. La liberté de pensée nous impose de pouvoir dire ce qu’on pense sans hésiter et assumer, si quelqu’un d’autre n’est pas d’accord elle peut apporter des arguments contraires et c’est comme ça qu’on évolue et qu’on peut avancer collectivement sur le sujet.

En parlant de position floue, la N-VA a tout de même retourné sa veste sur le Pacte migratoire. C’était d’abord oui, puis non avant le dénouement que l’on connaît aujourd’hui. En quoi le discours de la N-VA est-t-il plus clair que celui du MR par exemple ?

Je ne suis pas dans une logique de comparaison. Quand j’ai quitté la politique, je me suis concentrée sur l’écriture de mon livre. Je n’avais plus de relations poussées avec le MR et je ne sais pas où ils en sont pour l’instant… Pour moi, la N-VA est un parti ouvert et chaleureux qui prône une politique migratoire organisée. Un parti qui veut s’attaquer au fond des dossiers et qui n’agit pas de manière superficielle en mettant du vernis sur les problèmes.

Vous êtes vous-même issue de l’immigration. Comment vous retrouvez-vous dans la politique migratoire défendue par la N-VA et sa campagne de communication scandaleuse ?

Cette campagne ne représentait pas la politique du parti, c’était une erreur de communication (sic) et Bart De Wever a immédiatement réagi en disant que ce n’était pas représentatif de l’âme du parti. Il faut savoir apprécier cette réaction car peu de gens reconnaissent publiquement les erreurs commises par leur parti. Pour moi, c’est un sujet clos. En ce qui concerne la politique du parti, je connais le programme et la position de la N-VA. Le parti veut une migration organisée qui empêche les migrants d’être à la merci des trafiquants d’êtres humains et qui garantit la sécurité de tous.

Le premier article du programme de la N-VA est l’indépendance de la Flandre. Vous êtes d’accord avec ça ?

Je me retrouve tout à fait dans l’argument du confédéralisme. Ce que la N-VA veut c’est une Belgique efficace dans laquelle tous les citoyens obtiennent ce dont ils ont besoin. Ces besoins ne sont pas les mêmes des deux côtés de la frontière linguistique et je soutiens cette logique. Mais je ne suis pas une spécialiste institutionnelle… Ce que je veux, moi, c’est défendre la cause des femmes, défendre la politique d’intégration et d’émancipation de l’individu.

Je ne défends pas l’égalité homme-femmes en Belgique, mais au sein de toute l’Union européenne.

Vous défendrez donc la cause des femmes dans une Flandre indépendante ?

Mon idée, c’est de me battre pour l’émancipation des femmes au sein de toute l’Union européenne. On n’avance pas seul sur ce dossier et le but n’est pas seulement de défendre les droits des femmes en Belgique. C’est une question universelle. Il y a un problème de fonctionnement en Belgique, il ne faut pas faire partie de la N-VA pour s’en apercevoir. Tout est trop lent et compliqué. Il faut se recentrer sur des mesures concrètes dans l’intérêt des citoyens.

Et l’aboutissement de ce travail passera par quelles mesures ?

Je l’ai toujours dit. La première chose que je changerais si j’en avais le pouvoir, c’est la charge mentale dont les femmes souffrent énormément et qui est à la base de toutes les difficultés rencontrées dans la société : la participation au niveau économique, politique, associatif, je ne parle même pas de la vie privée… Cela passera par exemple par la réforme des congés de maternité, ce nom doit changer. Il faut aller vers une situation où la responsabilité de l’enfant serait plus spontanément partagée avec le compagnon pour se diriger vers une société plus égalitaire.

Vous avez déclaré avoir « un profond respect » pour Theo Francken. Un individu qui a un jour tweeté : « J’ai dû mal à voir la valeur ajoutée de la diaspora congolaise » et, par extension, la diaspora africaine…

Theo Francken a son propre style de communication. Mais je le connais au sein du parti, et je sais qu’on partage les mêmes valeurs. Il a du respect pour moi comme j’en ai pour lui et pour d’autres personnalités du parti comme Bart De Wever ou Geert Bourgeois. Je pourrais en dire de même pour Didier Reynders ou Charles Michel qui a aussi été un président de parti fort.

Vous avez 38 ans, êtes-vous au bout d’un cheminement personnel en politique ?

À mon âge, je peux encore avoir des enfants, je peux encore danser sur une table, j’ai la vie devant moi. Mon objectif est de travailler le plus longtemps possible avec la N-VA mais je crois qu’il y a autre chose à faire dans la vie que de la politique. Je trouve qu’on ne devrait pas rester trop longtemps attaché aux mêmes choses… Mais je suis heureuse de mon choix aujourd’hui, d’ailleurs j’aurai dû l’avoir fait depuis longtemps ! Même s’il a fallu du temps pour en être tout à fait certaine…

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