Attaque à Strasbourg : les théories complotistes émergent chez les gilets jaunes

Sur les réseaux sociaux, des gilets jaunes ont fait part de leur scepticisme face à l'attentat survenu hier soir à Strasbourg. Ils y voient une diversion du gouvernement et un moyen de monter le niveau de sécurité à travers le pays.

Un homme a ouvert le feu aux alentours d'un marché de Noël à Strasbourg ce mardi soir. ©Belga

A chaque tragédie sa théorie du complot. L’attentat perpétré hier soir à Strasbourg n’y coupe pas. Sans attendre et avec vigueur, certains membres du mouvement des gilets jaunes ont « dénoncé » un coup du gouvernement destiné à affaiblir la révolte. Ils voient dans cet attentat « qui tombe bien » un moyen pour Emmanuel Macron de faire diversion, alors que les gilets jaunes sont sur le point d’entamer l’acte V de leur combat. D’autres pointent la mise en place du niveau d’alerte maximal, l’urgence attentat, qui permet aux autorités de fermer certaines routes et de rétablir le contrôle aux frontières. Un dispositif important dans ce cas-ci, vu la proximité entre Strasbourg et la frontière allemande. Les théories liant l’attaque au gouvernement Macron naissent de ces contrôles et des restrictions qui entoureront automatiquement les manifestations dans les prochains jours.

Si les messages complotistes ont plu sur Twitter et Facebook, de nombreux gilets jaunes se sont immédiatement offusqués de ces débats nauséabonds, appelant à la retenue et au respect pour les victimes et leurs familles. Les administrateurs et modérateurs des différentes pages regroupant des dizaines de milliers de gilets jaunes ont provisoirement bloqué les commentaires et les nouvelles publications, suscitant parfois l’ire de leurs camarades de lutte. Les adhérents à la théorie d’un attentat organisé par l’État se sont rués sur des captures d’écran de tweet dont l’heure laisserait penser qu’ils ont été postés avant l’attaque.

Une « preuve » facilement réfutable, l’heure s’affichant sous le tweet étant liée au fuseau horaire de celui qui le lit. Le compte « Conspiracy Watch », habitué à démonter les théories complotistes, a aussi repris la vidéo du gilet jaune Maxime Nicolle, très présent dans les médias depuis le début du mouvement, dans laquelle il réprouve la thèse de l’attentat.

Indignation des médias français

Au lendemain de l’attaque qui a coûté la vie à trois personnes et fait une dizaine de blessés, les médias français s’offusque de la vigueur avec laquelle une partie des gilets jaunes affirme la responsabilité directe de l’État. Le docteur en sociologie et journaliste sur la chaîne radio France culture Guillaume Erner s’émeut particulièrement de ce terrible niveau de défiance vis à vis des institutions. « Il y a dans ce complotisme quelque chose d’infiniment triste : la défiance absolue dans la possibilité d’un pouvoir républicain, la croyance selon laquelle la fin justifierait tous les moyens pour l’exécutif, sont finalement le signe d’une société fracturée », peut-on lire sur le site de France culture. « Ce scepticisme témoigne donc d’une confiance en l’humain, et d’une défiance absolue vis-à-vis de tout pouvoir, de toute autorité, comme si finalement, en accédant au pouvoir on cessait d’être homme, comme si la seule question que l’on devait se poser en permanence, était à qui profite le crime. »

Plus d'actualité