Denis Mukwege: « Ma première patiente avait reçu un coup de feu dans ses organes génitaux. »

 Le lauréat a livré un discours poignant lors de la remise de son prix Nobel de la paix à Oslo. Il y témoigne d'une réalité difficilement supportable.

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En République démocratique du Congo, il a gagné le surnom du « Docteur Miracle » pour son habileté chirurgicale et son dévouement à aider les femmes à surmonter les blessures et les traumatismes liés aux abus sexuels et aux viols. Denis Mukwege est un gynécologue engagé qui a passé près de 25 ans à soigner les blessures effroyables infligées aux femmes en RDC. Hier, il a appelé le monde à protéger les victimes de la violence sexuelle en temps de guerre, alors qu’il critiquait avec colère l’indifférence à l’égard du sort des femmes et des enfants en conflit dans son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix, accompagné de sa co-lauréate, Nadia Murad.

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Père de cinq enfants, cet homme infatigable de 63 ans a fait de la justice son combat, dénonçant l’hypocrisie du système et l’impunité des violeurs, notamment dans son pays d’origine. « S’il y a une guerre à mener aujourd’hui, c’est la guerre contre l’indifférence qui ronge nos sociétés », a-t-il déclaré lors de son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix. Il a également souligné que les violences permanentes que devaient subir les femmes étaient dues notamment à « l’absence de l’état de droit, à l’effondrement des valeurs traditionnelles et au règne de l’impunité, en particulier pour les dirigeants », qui sont tous liés à une « mauvaise gestion flagrante » du gouvernement. »

« Dans la nuit tragique du 6 octobre 1996, des rebelles ont attaqué notre hôpital à Lemera, en République Démocratique du Congo (RDC). Plus de trente personnes tuées. Les patients abattus dans leur lit à bout portant. Le personnel ne pouvant pas fuir, tué de sang-froid. Je ne pouvais pas m’imaginer que ce n’était que le début. Obligés de quitter Lemera, en 1999 nous avons créé l’hôpital de Panzi à Bukavu où je travaille encore aujourd’hui comme gynécologue-obstétricien. La première patiente admise a été une victime de viol ayant reçu un coup de feu dans ses organes génitaux. La violence macabre ne connaissait aucune limite. Cette violence malheureusement ne s’est jamais arrêtée. »

Il témoigne de l’horreur insupprotable vécue, au jour le jour, par toutes ces femmes et tous ces enfants qu’il a soigné. « Un jour comme les autres, l’hôpital a reçu un appel. Au bout du fil, un collègue en larmes implorait : « S’il vous plaît, envoyez-nous rapidement une ambulance. S’il vous plait, dépêchez-vous. » Ainsi, nous avons envoyé une ambulance comme nous le faisons habituellement. Deux heures plus tard, l’ambulance est revenue. A l’intérieur une petite fille de tout juste dix-huit mois. Elle saignait abondamment et a été immédiatement emmenée en salle d’opération. Quand je suis arrivé, les infirmières étaient toutes en larmes. La vessie du nourrisson, son appareil génital, son rectum étaient gravement endommagés. Par la pénétration d’un adulte. »

Le prix Nobel de la paix poursuit ce discours en réclamant des sanctions « politiques, économiques et des poursuites judiciaires » contre tous les responsables des exactions, congolais comme étrangers. Et pour cela, Denis Mukwege a appelé l’ONU à arrêter de masquer leur identité. « Mon pays est systématiquement pillé avec la complicité de personnes prétendant être nos dirigeants Pillé pour leur pouvoir, leur richesse et leur gloire. Pillé aux dépens de millions d’innocents hommes, femmes et enfants abandonnés dans l’extrême pauvreté. Alors que les profits tirés de nos minéraux se retrouvent dans les poches d’une oligarchie prédatrice. »

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