COP 24 : la dernière ligne droite

La COP 24 entame sa deuxième semaine de négociations à Katowice. Pendant ce temps, un groupe d’experts américains publie un rapport selon lequel la température globale moyenne atteindra 3°C de plus en 2030. Et c’est flippant.

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La Conférence de l’ONU sur le climat qui se tient jusqu’au 14 décembre à Katowice a entamé sa deuxième semaine. Elle verra notamment se dérouler le segment dit de « haut niveau », avec l’arrivée des ministres. Pour rappel, l’enjeu de cette COP 24 est de « finaliser » l’accord de Paris conclu en 2015, en se mettant d’accord sur ses règles de mise en œuvre. Objectif : contenir le réchauffement climatique mondial en deçà des 2°C et, si possible, à 1,5°C maximum par rapport à l’air préindustrielle.

Cette nouvelle semaine sera marquée du « Talanoa dialogue », lancé par la présidente fidjienne à la COP 23, qui a émaillé les négociations sur le climat tout au long de l’année. Ce processus vise à dresser un bilan collectif des émissions de gaz à effet de serre et à encourager des efforts accrus. Sauf que les engagements pris jusqu’ici conduiraient tout de même à une augmentation des températures de plus de 3°C d’ici 2030 !

C’est que, selon un groupe d’experts américains, cette hausse des températures équivaudrait à un retour en arrière à l’ère Pliocène, il y a trois millions d’années. À cette époque, le climat était aride, les hominidés apprenaient seulement à courir sur deux jambes, les Amériques du Nord et du Sud n’étaient pas encore jointes, le Groenland n’était pas encore glacé et le niveau des océans était… de 18 mètres plus haut ! De quoi submerger tout juste les appartements construits en front de mer sur la côte belge.

La Belgique, cet élève « médiocre » 

On grossit un peu le trait. Les calottes glaciaires mettent très longtemps à fondre et le Groenland ne redeviendra pas vert dès le siècle prochain explique Jack Williams, co-auteur de l’étude et professeur de sciences de la Terre et expert en paléo-écologie et climatologie à l’université du Wisconsin. Mais la soudaineté du réchauffement devrait prendre par surprise des espèces qui ont mis des millions d’années à évoluer jusqu’à leur forme actuelle. « De nombreuses espèces vont disparaître. Cela montre la manière dont nous pouvons puiser dans notre histoire et celle de la Terre pour comprendre les changements actuels et nous adapte « , a-t-il expliqué à l’AFP (Agence France Presse).

Les premiers à devoir drastiquement modifier leur impact climatique sont, justement, les Etats-Unis, bons derniers avec l’Arabie Saoudite, du « Climate change performance index » publié en marge de la COP 24 et qui dresse une évaluation des pays selon des critères précis (émissions de gaz à effet de serre, utilisation énergétique, énergies renouvelables et politique climatique). De nombreux autres pays du G20 (Japon, Turquie, Russie, Canada, Australie, Corée du Sud) font également partie des « très mauvais » élèves. Un classement dont, symboliquement, le podium est resté vide (la Suède arrive en tête à la 4ème place)…

Et la Belgique ? Elle se classe en 31ème position, soit une place de mieux que l’an dernier. Des performances jugées « moyennes » par l’index établi par des ONG gouvernementales et « médiocres » par Noé Locoq, chargé de mission à Inter-environnement Wallonie. « Il est urgent de mettre le climat au centre de l’action politique et de reconstruire la crédibilité belge« , a-t-elle déclaré.

Marghem et les iguanodons de Bernissart

Cette « crédibilité » repose pour l’heure sur les épaules de Marie-Christine Marghem. Après la polémique sur son aller-retour en avion de quelques heures en Pologne, la ministre – qui avait manifesté au côté (ou plutôt à côté) des quelques 70.000 Belges présents dans les rues de Bruxelles le 2 décembre – doit prononcer demain à Katowice un discours très attendu après l’annonce de Charles Michel dimanche, qui a déclaré vouloir faire de la politique climatique une des priorités de son « nouveau » gouvernement.

À considérer que la Belgique consente à réaliser les efforts requis, les 130 états participants à la COP 24 devront encore s’entendre sur le financement climatique, question très sensible, comme celle de la différenciation entre pays développés et en développement quant aux responsabilités incombant à chacun.

Et il vaudrait mieux que cela ne traîne pas trop. Si les émissions de CO2 continuaient au rythme actuel, les chercheurs de l’université de Wisconsin estiment aussi que d’ici 2150, la Terre sera revenue 50 millions d’années en arrière, à l’aube de l’évolution des premiers mammifères ! À ce rythme-là, nos (arrières-)petits-enfants verront peut-être des iguanodons brouter à nouveau dans les prairies à Bernissart comme au Mésozoïque… Et dire que le final de Jurassic World 2 était déjà mauvais au cinéma.

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