L’orange bleue ou le fruit d’une crise

Coalition, dis-moi ton nom, je te dirai qui tu es. Les étiquettes collées au nouveau gouvernement en disent long sur ce qu’il est.

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Comment te nommes-tu nouveau gouvernement, sorti des limbes d’une crise violente ? La qualification “kamikaze” aura collé durant quatre ans au gouvernement Michel comme un sparadrap à la semelle d’une chaussure. Il a fallu toute une opération de marketing politique pour imposer le terme de “coalition suédoise”, en référence aux couleurs jaune et bleu de la Suède et d’Ikea. L’opposition socialiste s’est cependant obstinée à parler de gouvernement MR-N-VA pour mettre en avant cette alliance entre le seul parti francophone libéral et le parti nationaliste de Bart De Wever.

Alors, comment dire cette fois ? “Il partira comme Premier ministre d’une coalition suédoise et atterrira comme Premier ministre d’une coalition Marrakech”. Voilà la sentence proférée par Bart De Wever. Un baptême aux relents nauséabonds, abondamment repris en Flandre. Le Premier ministre s’est empressé dans les heures qui ont suivi de parler d’”orange bleue”, en référence aux deux couleurs qui composent désormais sa majorité. Ceci fait directement écho à la majorité avortée, tuée dans l’œuf, des négociations en 2007 sous les refus répétés de Joëlle Milquet devenue alors “Madame non”. La N-VA était alors un petit parti en cartel avec le CD&V.

L’anecdote : l’ex-secrétaire d’État à la Migration N-VA, Theo Francken, a annoncé qu’il lancerait une guerre totale contre le nouveau gouvernement

Mais l’orange est cette fois très incomplète puisqu’elle ne compte que les seuls chrétiens démocrates flamands. Aussitôt dit, aussitôt moqué : certains ont commencé à parler d’orangette ou même de mandarine. On a d’ailleurs parlé tout aussi vite de “gouvernement minoritaire”, une manière totalement factuelle de dire les choses, qui n’est pas non plus très flatteuse. Michel ne rassemble plus au Parlement que les sièges du MR, de l’Open VLD et du CD&V, soit 52 sur 150. Charles Michel a rhabillé l’ensemble du qualificatif de gouvernement responsable. Il a aussi placé en quelque sorte sa majorité en réponse aux gilets jaunes et aux “gilets verts” en lui donnant un programme en trois axes : le pouvoir d’achat, le climat et la sécurité.

Et si on disait tout simplement le gouvernement “Michel II” ? Les experts ont aussitôt réagi pour faire savoir qu’il n’en était pas question. Pour changer de numéro, il faut passer par un vote de confiance au Parlement. Or, Charles Michel a écarté cette possibilité. On a appris en passant que le vote de confiance au gouvernement, une habitude solidement ancrée dans la vie politique fédérale, n’était pas une obligation imposée par la Constitution. On en revient à l’orange bleue ou à Michel bis, dans une version surréaliste où la N-VA, depuis les bancs de l’opposition, devrait apporter son soutien lors des votes au Parlement. Cette nouvelle majorité extra small, ce demi-gouvernement, est à présent au pied du mur et du Parlement. Elle pourra faire passer des arrêtés royaux en s’appuyant sur ses seules forces. Mais pour les grands projets, comme le budget, elle devra trouver des partenaires au Parlement. Opération kamikaze ?

La malédiction de Marrakech

La manière dont on nomme un gouvernement est une opération de marketing politique essentielle. C’est ce nom qui vient frapper les électeurs. Lorsqu’il a présenté son nouveau gouvernement, Charles Michel a soigneusement évité d’encore prononcer le mot Marrakech, pour repousser sans doute une forme de malédiction. Il a préféré parler d’une “conférence internationale” pour désigner le sommet où il est allé porter la voix de la Belgique par rapport au “pacte mondial pour les migrations”.

L’éléphant au Parlement

À ce stade, les élections restent fixées au 26 mai prochain, en même temps que les régionales et les européennes. L’édifice gouvernemental est cependant en porcelaine. Un éléphant au Parlement, sous forme de vote de défiance, pourrait tout renverser. Mais une forme d’entente entre MR et N-VA pour faire tenir la petite majorité devrait éviter un tel scénario. D’ailleurs, le Premier ministre a pris des gants pour traiter les nationalistes sortants : “Dans ce moment où un chapitre se clôt et où un autre s’ouvre, je remercie les ministres N-VA et leurs équipes”, a-t-il dit. Enfin, une chute de gouvernement supposerait que PS et N-VA se mettent d’accord sur une telle démarche. C’est très improbable. 

La nouvelle équipée

Le roi a acté la démission des nationalistes Jan Jambon, Johan Van Overtveldt, Sander Loones, Theo Francken et Zuhal Demir. Deux nouveaux ministres ont été nommés : Pieter De Crem à l’Intérieur et Philippe De Backer à la Lutte contre la fraude sociale, entre autres. Les autres compétences ont été distribuées aux ministres restants. Didier Reynders reprend la Défense en plus des Affaires étrangères. Alexander De Croo reprend les Finances. Maggie De Block retrouve les compétences migratoires : elle a dit constater d’emblée que le département dirigé jusque-là par Theo Francken était en plein chaos. 

 

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