Ils manifestent pour le droit de réparer

Ce lundi matin, plusieurs citoyens et ONG se mobilisaient à Bruxelles pour des politiques européennes en faveur de la réparation et non du seul recyclage.

Image d'illustration © Umanoide / Unsplash

Ils étaient plusieurs à brandir des pancartes « Say yes To Repair » (Dites oui à la réparation) devant le Centre de Conférences Albert Borschette. La date n’a pas été choisie par hasard : c’est à partir d’aujourd’hui que les États membres de l’Union Européenne se réunissent pour voter une série de propositions qui obligeraient les fabricants à rendre leurs appareils électro-ménagers facilement réparables et plus durables. Une action lancée par l’ASBL Repair Together qui répertorie tous les Repair Cafés francophones de Belgique.

Nous en avons tous déjà fait l’expérience : lorsque l’un de nos appareils tombe en panne (ordinateur, smartphone, machine à café), le réparer est soit plus onéreux qu’en acheter un neuf, soit carrément impossible. « Les entreprises technologiques – y compris Apple et d’autres marques représentées par des groupes puissants tels qu’Applia, Digital Europe et Lighting Europe – ont rendu la réparation de leurs produits ou le remplacement de composants clés de plus en plus difficiles et coûteux », explique sur son site Cool Products, l’un des partenaires de la manifestation.

© Right To RepairUne partie des manifestants de ce matin à Bruxelles. © Repair Together

Ce que les ONG organisatrices du rassemblement de ce lundi regrettent particulièrement, c’est le manque d’ambition de l’Union Européenne face à la pression des industries : « La Commission Européenne a élaboré des propositions ambitieuses qui faciliteraient les réparations, mais elle a reculé sous la pression de l’industrie. Les propositions sont passées de la conception pour la réparation à la conception pour le recyclage ». Pourtant, une directive de l’UE sur les déchets établit une hiérarchie des déchets en plaçant la prévention et la réutilisation avant le recyclage. La réparation permet en effet de récupérer beaucoup plus de ressources et d’énergie que le recyclage.

Paie ton frigo

Le premier exemple du recul de l’UE date de fin novembre et concerne… les lampes des réfrigérateurs. Après avoir proposé que les sources lumineuses de ce type soient facilement démontables par l’utilisateur lui-même, la Commission fait marche arrière en décidant qu’elles soient désormais retirées uniquement pour être recyclées. « Par conséquent, lorsque l’ampoule de votre réfrigérateur meurt, vous pourriez ne pas être en mesure de la remplacer », expliquent les organisateurs du mouvement #RightToRepair dans un communiqué. Soit vous fonctionnez donc avec un frigo aussi sombre que votre grenier… soit vous en achetez un nouveau.

Les déchets électroniques représentent le flux de déchets qui croît le plus rapidement au monde.

Pour les autres appareils électro-ménagers comme les machines à laver, les congélateurs ou les lave-vaisselles, la Commission proposait initialement de rendre les pièces de rechange disponibles pour tous. Or, elles ne sont pour le moment accessibles qu’aux professionnels, ce qui déplaît aux citoyens bricoleurs et aux Repair Cafés. D’après une étude de 2014, menée par l’UE elle-même, 77% des citoyens européens aimeraient réparer leurs appareils eux-mêmes plutôt que d’en acheter de nouveaux. Le rapport montre que les principaux obstacles sont le manque d’accessibilité de services de réparation et leurs coûts jugés trop onéreux.

« En supprimant la réparabilité de la législation proposée, l’UE sert les intérêts de l’industrie plutôt que notre qualité de vie et celle des futurs citoyens. Nous exigeons que l’UE soit à l’écoute de ses citoyens et de leur désir de produits réparables », a déclaré lors de la manifestation de ce lundi Maarten Depypere, ingénieur en politique de réparation chez iFixit, sorte de Wikipédia pour apprendre à réparer n’importe quel objet.

Transferts Nord-Sud

Le réflexe d’acheter neuf au lieu de réparer mène aussi à un désastre écologique et social. En Europe, seuls 35% des déchets électroniques sont collectés et recyclés correctement. Le reste est envoyé vers l’Afrique (Ghana, Nigeria, Côte d’Ivoire, République Démocratique du Congo) et l’Asie (Chine, Inde, Pakistan, Bangladesh, Vietnam), deux continents devenus les poubelles électroniques du monde. L’Union Européenne est pourtant signataire de la convention de Bâle qui interdit depuis 1992 (date d’entrée en vigueur) l’exportation de ces matériels faussement qualifiés de matériaux d’occasion pour permettre leur exportation. Selon une étude du Programme pour l’Environnement des Nations Unies (UNEP), 60 à 90 % des déchets électroniques sont revendus ou jetés illégalement par des trafiquants, un trafic mondial qui représente 17 milliards d’euros.

« L’Europe n’est pas prête à traiter correctement les quantités croissantes de déchets électroniques potentiellement toxiques. Les dépotoirs débordent. Les recycleurs ne peuvent pas suivre, raison pour laquelle les déchets sont parfois expédiés illégalement vers des pays en développement où ils peuvent être traités dans des conditions dangereuses », s’inquiète Cool Products. Ainsi, l’ONG estimait déjà en début d’année que « les déchets électroniques représentent le flux de déchets qui croît le plus rapidement au monde et devrait atteindre près de 50 millions de tonnes métriques en 2018 ».

Réparer, ce nouveau hobby

C’est pour lutter contre cette surconsommation et ces déchets que sont nés un peu partout des Repair Cafés. À Bruxelles, on en dénombre 29, d’Anderlecht à Woluwé en passant par Molenbeek. Dans ces lieux à contre-courant, on répare ensemble ses objets avec l’aide de bénévoles experts dans certains domaines (informatique, couture, mécanique, réparations de vélo, menuiserie, etc.)

Les résultats des votes de ce lundi ne sont pas encore connus. Après les réfrigérateurs, les gouvernements de l’UE voteront dans les prochains jours sur l’éclairage (17 décembre), les afficheurs électroniques (19 décembre), les lave-vaisselles (8 janvier) et les machines à laver (10 janvier).

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