Amnesty condamne la Belgique

Pour les 70 ans de la Déclaration universelle des Droits humains, l’ONG salue les avancées sur le front des droits des femmes. Mais elle se montre sans pitié pour notre pays.

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En ce 10 décembre, Journée internationale des droits humains, et au moment où le pays se déchire autour du Pacte migratoire de l’ONU, Amnesty sort un rapport aussi accablant que l’actualité qui l’accompagne. Les droits fondamentaux vacillent aux quatre coins de la planète et le 70e anniversaire de la Déclaration universelle est l’occasion de tirer la sonette d’alarme, malgré une petite éclaircie : l’émergence du combat mondial mené par les militantes. “Le pouvoir grandissant de la voix des femmes n’est pas à sous-estimer. Si les mouvements de défense des droits des femmes sont bien établis, ce sont les militantes qui ont porté les principales causes du combat pour les droits fondamentaux durant l’année écoulée”, explique Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty Belgique. Marche des femmes aux Etats-Unis et au Japon, manifestations contre les violences sexuelles en Inde et en Afrique du Sud, désobéissance civile au volant ou sans hijab en Arabie Saoudite, colère envers les lois anti-avortement en Argentine et en Irlande… L’année 2018 a été marquée par les luttes d’émancipation féminine. Mais le constat du rapport reste lourd : elles sont les victimes de politiques hostiles et répressives. Un statut qu’elles partagent avec les homosexuels et les minorités ethniques. “La dynamique à l’oeuvre derrière cette tendance est la rhétorique opposant “nous et eux” entretenue par différents leaders politiques européens. Alors que les citoyen·ne·s attendent légitimement des réponses sérieuses à de réels problèmes économiques et sociaux, certains groupes comme les personnes demandeuses d’asile, réfugiées et migrantes sont désignés comme boucs émissaires. Ce genre de politique est un poison insidieux et dangereux.” 

Preuve qu’en ce moment, la violence et l’hostilité revêtent un caractère plus universel que la Déclaration elle-même, le rapport voyage entre la Pologne et le Guatemala en passant par les Etats-Unis, le Burundi ou la Hongrie. Et il n’est pas tendre quand il s’arrête chez nous. “Si on peut en effet se réjouir que la Belgique ait exprimé ses préoccupations sur les violations des droits humains en Pologne, au Burundi ou au Yémen, parallèlement, les livraisons d’armes à l’Arabie saoudite se sont poursuivies sans relâche, la Belgique préférant se cacher derrière le refus d’un embargo européen. En ce qui concerne les droits des réfugié·e·s, migrant·e·s et demandeur·se·s d’asile, il est intolérable que notre pays ait renoué avec cette pratique honteuse, contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant, qui consiste à enfermer des mineurs pour des raisons liées à la migration.”

Signer pour sauver

Amnesty rappelle que la Belgique occupera dès janvier prochain un siège au Conseil de sécurité de l’ONU durant deux ans et qu’il est impératif qu’elle revoie ses standards en matière de respect des droits fondamentaux, alors qu’une enquête réalisée durant l’été révélait la méconnaissance des Belges de ce texte fondamental. « Pour défendre ses droits, il faut les connaitre. » Un postulat qui a amené Amnesty Belgique a imprimé la semaine dernière une édition simplifiée de la Déclaration universelle des Droits humains destinée aux foyers wallons et bruxellois. Un investissement important pour l’aile belge francophone d’Amnesty mais indispensable aux yeux de l’association.

En parallèle se déroule jusqu’à samedi le Marathon des Lettres. Depuis seize ans, Amnesty fait parvenir des millions de messages aux régimes dictatoriaux mais également aux personnes injustement privées de leur liberté. Une action à portée uniquement symbolique ? Du coté d’Amnesty, on affirme que ce Marathon a sauvé des vies. “Les lettres, messages et pétitions fonctionnent selon deux aspects, explique Ludovic Laus, porte-parole d’Amnesty Belgique. Elles offrent d’abord un soutien pour ceux dont les droits sont bafoués. Notre président Philippe Hensmans a récemment rencontré, durant une conférence à l’étranger, un prof qui a jadis été défendu par Amnesty. Il expliquait que les lettres qu’il recevait lui permettaient de tenir le coup en prison. Ensuite, elles servent de moyen de pression en montrant aux responsables que la victime est soutenue publiquement. Les autorités carcérales ne peuvent dès lors plus faire ce qu’elles veulent.” Amnesty propose sur son site de nombreux récits d’hommes et de femmes abusivement enfermés qui doivent, en partie, leur liberté à cette initiative. D’autres n’ont pas encore eu cette chance et c’est à eux que vous pouvez écrire aujourd’hui. “Signez une lettre, sauvez une vie.”

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