Chute du gouvernement : douze heures de chaos

Charles Michel est parti chez le roi présenter la démission de son gouvernement vers midi avec en poche une coalition de remplacement. Cela s'est joué au forceps et bien loin du Palais royal. Décryptage.

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Le chaos

Samedi soir, le Premier ministre annonçait qu’il prenait acte que la N-VA quittait la majorité suédoise. Dimanche matin, Jan Jambon (N-VA) expliquait qu’il ne savait pas s’il était encore ministre, tout en faisant savoir qu’il ne l’était plus pour longtemps. Les noms des nouveaux ministres sont arrivés très vite : Pieter De Crem (CD&V) devient ministre de l’intérieur. Aux finances, c’est Alexander De Croo (Open VLD). Et Maggie De Block (Open VLD) hérite du portefeuille de la migration qui était entre les mains de Théo Francken. Enfin Didier Reynders devient ministre de la défense.

L’atterrissage

Le nouveau gouvernement « orange bleue » – libéraux et chrétiens flamands – est minoritaire, configuration que la Belgique n’avait plus connue depuis les années 70 et le gouvernement Tindemans III. Le problème des coalitions minoritaires est qu’elles doivent faire passer au Parlement leurs projets de lois et approuver le budget sans avoir de majorité parlementaire. La N-VA a déjà fait savoir qu’elle voterait favorablement sur le socio-économique depuis les bancs de l’opposition.

Le pédalage

Depuis samedi soir, la situation politique était non seulement inédite mais le déroulé de ce qui s’est passé était une première. Pendant douze heures, les commentateurs se sont perdus en conjonctures. Il fallait que les ministres N-VA annoncent qu’ils démissionnaient ou que Charles Michel annonce qu’il les révoquait. On a même eu le scénario d’atterrissage avec l’annonce de la nouvelle composition du gouvernement et les noms de ministres, avant même que le gouvernement ne soit « royalement » tombé.

La gifle

Problème ? « C’est le roi qui nomme ou révoque les ministres. C’est ce que dit la Constitution », rappelle Caroline van Wynsberghe, politologue à l’UCLouvain Or pendant douze heures, tout s’est passé sans que le mot « roi » ne soit prononcé. Une gifle royale ? « En 2010-2011, le roi avait dû s’habituer aux courts-circuits. On se souvient que Bart De Wever avait remis son rapport à la presse avant même de le donner au Roi ». Ce serait une nouvelle manière de faire de la politique en étant moins attachés aux coutumes. « C’est aussi dû à la configuration actuelle de l’information en temps réel. Avec les réseaux sociaux, tout s’accélère et on n’aime pas le vide. Il y a donc eu du remplissage », analyse la politologue.

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