La crise fédérale en trois pourquoi

Pourquoi le diable est-il entré dans le gouvernement fédéral? C'est une histoire électorale qui se joue dans une partie serrée comme jamais durant cette législature. Décryptage en trois pourquoi.

La crise fédérale en trois pourquoi

1. Pourquoi une crise sur les questions migratoires ?

La N-VA et le MR doivent se refaire une santé électorale. Leur liaison infernale n’a pas fait un tabac auprès de leurs électeurs. Les élections communales l’ont montré. La crise actuelle se joue au fonds des urnes régionales et fédérales qu’il va falloir remplir. Pour se refaire une santé, le MR et la N-VA doivent se distancier l’un de l’autre. Ils ne peuvent le faire sur du communautaire, c’est le pacte de non agression qui les lie depuis plus de quatre ans. Ils ne peuvent pas non plus se reprocher leur propre bilan socio-économique, sous peine de se tirer une balle dans le pied. Ils le font donc sur le dos de la migration dans des convulsions violentes.

2. Pourquoi est-ce que tout semble se précipiter ?

N’est-ce pas trop tard pour diaboliser le partenaire avec lequel on est resté lié contre vents et marées tout au long d’une législature? On peut sérieusement le penser. Mais la fuite en avant de la N-VA ces derniers jours rend très difficile désormais le retour à un modus vivendi dans lequel chaque parti de la majorité pourrait tranquillement défendre le bilan du gouvernement et engranger quelques dernières avancées. C’est une épreuve de force où les torses de la N-VA se bombent virilement tout en restant jusqu’ici un pied dans le pré carré de la majorité. MR et N-VA se toisent mais se gardent de mettre les doigts dans la prise sous peine d’être le responsable d’une chute gouvernementale, l’acte ultime. La N-VA mardi soir s’est contentée de dire que Théo Francken restait en place. Bart De Wever ne sacrifiera pas le soldat Francken pour que le général Michel puisse garder sous ses ordres ses troupes. La N-VA n’a choisi d’aucune manière de calmer la crise. Ce faisant, elle peut difficilement jouer encore longtemps les tanguy du gouvernement. La partie se joue serrée : la N-VA frotte le poil de ses électeurs anti-migrants, dans un pas de danse proche du Vlaams Belang, tout en renvoyant sa propre boule puante au Premier ministre qui lui-même la renvoie à la N-VA. Si Bart De Wever ne peut plier, Charles Michel ne peut pas non plus s’échapper.

3. Pourquoi est-ce le Parlement ne peut pas tout sauver ?

Le bras de fer actuel peut durer jusqu’à Noël ou se fracasser. Alors la N-VA aura choisi d’endosser le costume du zwarte Piet pour se présenter devant son électeur. Charles Michel vient d’asséner son joker ultime, celui du renvoi aux forces démocratiques du Parlement pour trancher la question. Porté par l’ensemble des partis, sauf la N-VA et le Vlaams Belang, Charles Michel emporte l’adhésion de tous. Mais même cela est une rustine désormais puisque c’est bien au gouvernement dans lequel la N-VA figure de se prononcer et de porter ce pacte de l’ONU sur la migration. C’est la Constitution qui le dit.

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