Alibaba: l’empire du gadget débarque chez nous

Le géant chinois de l'e-commerce Alibaba installera son hub européen à Liège. Une victoire à la pyrrhus?

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Remettre l’entrepôt au milieu du village. Voilà la stratégie logistique des géants de la vente en ligne. Comme l’américain Amazon, l’allemand Zalando ou le français Cdiscount, le chinois Alibaba entend bien truffer le continent européen de hubs, centres logistiques et autres entrepôts gigantesques afin de faire oublier les 8.000 kilomètres que sépare Pékin de Bruxelles. Avec bientôt une livraison endéans les deux heures, comme le propose déjà Amazon en France? Il y a peu de temps encore, acheter un produit chinois relevait du parcours du combattant. Délais de livraison moyen-âgeux, produits contrefaits, frais de dédouanement prohibitifs,…

Mais les temps changent. Aujourd’hui, il est presque aussi facile d’acheter chinois que d’acheter chez soi, le débarquement d’Alibaba à Liège nous rapprochant encore un peu plus de l’Empire du Milieu. Mais ce n’est pas le seul effort déployé par les sites chinois pour conquérir le marché européen. Oubliez les descriptions de produits en «chinglish». Désormais, ces portails affichent un design occidentalisé, des versions multilingues et déploient même des systèmes de contrôle anti-contrefaçons (voir ci-dessous). Sans compter que la Chine arbore aujourd’hui une série de fleurons technologiques (les smartphones Huawei et Xiaomi, les ordinateurs Lenovo, les drones DJI,…) qui tentent de nous faire oublier la réputation médiocre du made in China. Et si les produits bas de gamme et les contrefaçons – notamment sur les sites chinois de cigarettes électroniques – pullulent encore, il est bien plus simple et sécurisant aujourd’hui d’acheter des produits fabriqués en Chine.

Reste que Alibaba, comme ses concurrents, impose aussi massivement sa vision de l’économie numérique. Si son arrivée dans la Cité ardente est synonyme d’emploi – on parle de 3.000 jobs directs et indirects -, elle sera aussi synonyme d’augmentation substantielle du fret aérien, l’un des modes de transport les plus énergivores et polluants. Sans compter que cet intérêt d’Alibaba pour la Belgique réside aussi dans la possibilité d’y travailler en continu. Après avoir loupé le coche avec Zalando – qui a préféré les Pays-Bas à la Wallonie -, le premier ministre Charles Michel a fait la promesse de réformer le travail de nuit. Une exception aux rythmes de travail qui se comprend aisément pour des services comme la police, les hôpitaux ou certaines usines qui ne peuvent interrompre leurs chaînes de production. Mais pour des vendeurs de drones ou de smartphones? D’autant que le travail de nuit, on le sait, court-circuite les rythmes familiaux des employés et favorise même les risques de cancers – selon une étude de l’American Association for Cancer Research.

Et puis, à l’heure où l’on promeut les circuits courts, cette implantation transcontinentale nous renvoie au siècle dernier. «Le commerce à la sauce Alibaba, c’est des biens produits à un bout de la planète et leur usage à un autre. Entre les deux, des câbles, des avions mais aucune présence humaine. C’est une atomisation dépersonnalisée, un avatar de l’aliénation», critique l’économiste Jean-Marc Rombeaux dans une carte blanche publiée par La Libre. Rappelons aussi à tous ceux qui voient un péril rouge dans la montée du PTB en Belgique que la Chine d’Alibaba reste un pays communiste. Un État-Nation gouverné par un parti unique et un président pas vraiment plébiscité pour son respect des droits de l’homme ou de la propriété intellectuelle.

Alibaba et les 40 copieurs

Sacs «Long Champ», parfums «Gogo Chenale», baskets «Ababis»,… Alibaba regorge de produits contrefaits. Dès le 1er janvier, une nouvelle loi chinoise forcera d’ailleurs ces colosses de la vente en ligne à purger leurs contrefaçons. Alibaba assure pourtant que ses méthodes de protection sont «parmi les meilleures du secteur». Reste que ce distributeur a une relation plutôt ambiguë avec les contrefaçons. En 2016, son ex-PDG Jack Ma déclarait ainsi que «les faux produits présentent aujourd’hui une meilleure qualité et un meilleur prix que les vrais produits». Précisons aussi que Alibaba refuse toujours de rembourser ses clients qui voient leurs achats saisis par les services de douanes. Des recours collectifs ont d’ailleurs été initiés aux USA.

Exportations européennes

Installé depuis 2016 à Amsterdam, Alibaba offre également aux entreprises belges un portail d’accès idéal à l’eldorado chinois. JBC, Colruyt, BabyKid, DM Light,… Sans oublier les chocolats (Godiva, Leonidas, Guylian). En deux ans, Alibaba a déjà rapporté plus de 20 millions d’euros de revenus à la vingtaine d’entreprises belges présentes sur sa plateforme. Un premier pas. Selon L’Echo, la croissance annuelle des magasins détenus par des entreprises du Benelux en Chine tourne actuellement autour de 30%. Et le quotidien de pointer un produit belge au potentiel inattendu au pays de la théine: le thé minceur Tilman. «C’est peut-être un produit de niche, mais une niche de 0,5% sur une population de 1,4 milliard de personnes, cela représente pas mal de monde», souligne Roland Palmer, directeur général d’Alibaba Benelux, dans L’Echo.

Record (encore) battu

À l’occasion de la journée des célibataires, le 11 novembre, Alibaba organise chaque année sa plus grande opération de soldes. Cet automne, le géant de la vente en ligne a de nouveau explosé tous les compteurs avec quelque… 27 milliards d’euros de transactions effectuées en 24 heures. Soit 5 milliards de mieux que l’année dernière. Une broutille pour le géant chinois qui compte bien engranger 38 milliards d’euros, voire 63 milliards, les prochaines années.

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