Les médecins sont-ils allergiques aux médicaments génériques ?

Une étude menée par Solidaris révèle que les généralistes n’atteignent pas le quota minimum de prescriptions de "génériques". Conséquence: la facture des patients augmente. L’influence de BIG Pharma ? C’est plus subtil que cela.

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Depuis le 1er janvier 2017, chaque médecin généraliste doit prescrire 60% de médicaments « les moins chers possible » sur le total de ses prescriptions, au lieu de 50% précédemment. Souvent, il s’agit de médicaments génériques (exactement la même molécule, le même dosage et la même taille de conditionnement). Or, d’après les données de Solidaris, le taux moyen de prescription de médicaments les moins chers était de 54,8% l’an dernier.

D’après Solidaris, seul un médecin généraliste sur quatre atteint l’objectif demandé de 60% de médicaments compris dans une fourchette de prix de 5% par rapport au prix le plus bas sur le marché… Faut-il y voir la preuve de l’emprise de Big Pharma sur le monde médical ? S’il existe certainement une forme d’influence, la situation est plus subtile et complexe que cela.

Selon l’Absym (Association Belge des Syndicats Médicaux), la problématique se décline en trois axes : le manque de connaissance des évolutions du marché chez les praticiens, l’instabilité des prix et la indisponibilité (ruptures de stocks) de certaines traitements sur le marché. « Ça fait beaucoup« , avoue le Docteur Jacques de Toeuf, vice-président de l’association, en écartant directement les a priori négatifs que pouvaient éprouver les généralistes à l’égard des médicaments génériques à une époque. « Ce temps-là est révolu ! Même s’il existe encore certainement quelques intégristes de la prescription originale, comme il y a des intégristes de la prescription homéopathique.« 

Alors pourquoi les quotas ne sont-ils pas atteints ? « Depuis une dizaine d’années, les médecins n’étaient pas loin de remplir leur quota de prescription générique. Il y a eu une réelle conscientisation concernant les prix des médicaments à prescrire au patient. Mais j’en mettrais ma main à couper, la moitié des généralistes n’étaient même pas au courant de l’évolution des quotas voulu par la Ministre. » Selon le vice-président de l’Absym, l’information a dû être noyée dans un tas d’autres données diffusées dans la presse médicales spécialisée.

Ruptures de stock

Il existe un équivalent générique pour environ 70% des médicaments et, pour certaines pathologies, jusqu’à cinq ou six génériques différents peuvent convenir. Sur un marché hyperconcurrentiel où les prix des médicaments évoluent constamment, c’est parfois compliqué pour les médecins de s’y retrouver. « Les prix des médicaments évoluent tous les mois. Même s’il existe des sites de référence en la matière (comme le Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique – NDLR), les médecins ne vont pas interrompre leur consultation pour aller se promener sur le site en question. Le jour où il y aura un pop-up automatique les avertissant du médicament le moins cher pour traiter telle pathologie, ça changera peut-être la donne.« 

De plus, il peut arriver que le générique prescrit par le médecin soit indisponible. D’après l’Absym, il existe 400 à 500 médicaments d’usage courant en rupture de stock temporaire (pour quelques jours, voire semaines). Le praticien qui n’est pas forcément au courant de l’existence d’autres génériques va alors prescrire le médicament original, ce qui influencera les quotas. Rappelons aussi que 30% de médicaments ne possèdent pas de clones génériques. Les médecins n’ont donc pas d’autre choix que de les prescrire.

47 millions de perdu pour les patients

D’après les calculs de Solidaris, la délivrance systématique de ces « clones », plutôt que les originaux, aurait pu permettre à l’Inami d’économiser 62 millions d’euros supplémentaires et aux patients près de 47 millions d’euros en 2017. Medaxes, l’association belge qui regroupe les sociétés de médicaments génériques, considère qu’il existe encore « un espace d’optimalisation ». Cependant, la substitution automatique des médicaments originaux par des génériques – telle que prônée dans le rapport Solidaris – n’apparaît pas comme une bonne solution. Les entreprises risquent en effet d’écraser au maximum leurs prix afin d’être choisies par les pharmaciens, ce qui aura un effet immédiat sur leur volonté d’investir, avec à la clé de possibles problèmes d’approvisionnement.

La santé est aussi un marché. Qui doit rester « à l’équilibre » pour ne pas faire fuir les investisseurs…

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