Climat, pacte migratoire : la Belgique contre le reste du monde

L’humanité joue sa dignité sur la question des migrants et son avenir sur le front climatique. Pendant ce temps-là, notre pays marche à reculons. Quand il n’appelle pas carrément à la désertion.

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Dimanche 2 décembre.

75.000 Belges marchent pour le climat. Sous les applaudissements du Premier ministre Charles Michel, qui promet que la Belgique soutiendra des “objectifs ambitieux”. Le lendemain, la ministre fédérale de l’Énergie, de l’Environnement et du Développement durable, Marie-Christine Marghem dépense l’équivalent en CO2 de quatre années de chauffage d’un ménage moyen pour se rendre en avion à Katowice, où se tient la Cop24. La fin justifie les moyens? Non. Seuls les chefs d’Etat ou de gouvernement étaient appelés à prendre la parole ce jour-là. La visite de la ministre était purement protocolaire.

On est un peu sévère? D’accord, la ministre a certainement profité de l’occasion pour l’une ou l’autre rencontre de haut niveau entre deux portes et trois petits fours. L’histoire du monde est aussi faite de ces avancées aussi discrètes que décisives. Sauf qu’il nous revient de source sûre que, au plus haut niveau, justement, dans les cercles où ONG, politiques et industriels se rencontrent autour des enjeux environnementaux, des ministres belges de l’Environnement (nous en avons quatre) qui n’ont rien à dire, ça ne surprend plus personne.

Mardi 4 décembre.

Pendant le conseil des ministres européens, la Belgique vote à l’encontre d’une proposition de directive sur l’efficacité énergétique et s’abstient quand il s’agit de se prononcer sur une directive portant sur les énergies renouvelables. On apprend même dans Le Soir que l’ambassadeur auprès de l’UE avait été mandaté pour rechercher une minorité de blocage sur ces questions. Raté, seule la Tchéquie a accepté de se couvrir de ridicule avec nous. On ne connaît pas les motivations tchèques mais les nôtres seraient celles-ci: la Belgique est “un avocat convaincu” de la lutte contre le changement climatique, mais “le défi” proposé par les directives serait “inatteignable d’une manière efficace au regard du coût”.

Mardi 11 décembre.

Le pacte mondial “pour des migrations sûres, ordonnées et régulières” doit être approuvé à l’issue d’une conférence intergouvernementale organisée par l’ONU à Marrakech. Il ne s’agit pas d’un traité de droit international juridiquement contraignant. Juste un cadre de coopération ouvert aux bonnes volontés. Mais c’est le premier accord mondial à proposer une approche commune. Le texte a été négocié dès février de cette année et une version finale s’est dégagée en juillet. Mais voilà que la N-VA fait mine de le découvrir et de le trouver tout à coup inacceptable. Avant de passer à la vitesse supérieure: pression maximale sur le gouvernement Michel et grande campagne contre le pacte onusien (en « récupérant » des images utilisées par le parti allemand d’extrême-droite AFD).

Il semble que la Belgique s’achemine aujourd’hui vers une solution “oui, mais non” typiquement de chez nous. Un exécutif pas vraiment au complet ou un Parlement qui n’en a pas tout à fait les compétences se prononcerait sur le pacte. Le gouvernement Michel tombera ou pas. Mais, quoi qu’il en soit, la Belgique enverra un autre de ses représentants à Marrakech. On se demande si lui, finalement, on ne préférerait pas qu’il se taise aussi.

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