Ada Hegerberg: portrait d’une footballeuse en or

La lauréate du premier Ballon d'or féminin de l'Histoire ne participera pas à la Coupe du monde. En 2017, la joueuse avait en effet stoppé sa carrière internationale afin de contester la façon dont la fédération norvégienne traitait le championnat féminin.

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Cet article a été initialement publié le 4 décembre 2018, au lendemain de la remise du premier Ballon d’or féminin de l’histoire à Ada Hegerberg. Il a été modifié le 3 juin 2019.

Cela fait deux ans que Ada Hegerberg n’a plus joué pour l’équipe de Norvège. La joueuse estime que les footballeuses sont moins bien traitées que leurs collègues masculins. En 2017, la fédération norvégienne avait réagi à son départ en équilibrant les salaires de ses joueurs et joueuses, devanant ainsi la première fédération de football à payer les femmes autant que les hommes. Mais pour Hegerberg, ce geste n’était pas suffisant et « un grand nombre de choses reste à faire pour améliorer les conditions des femmes qui jouent au football », avait-elle déclaré.

Pour attirer davantage l’attention sur ces questions, la lauréate du premier Ballon d’or féminin de l’histoire ne rejoindra donc toujours pas son équipe nationale pour la prochaine Coupe du monde, une décision déjà annoncée en décembre 2018. Invitée sur le plateau de Canal Football Club le 9 décembre dernier, elle avait expliqué qu’elle ne reviendrait pas en sélection norvégienne. Son objectif est toujours le même: dénoncer les inégalités de traitement entre les footballeuses et leurs homologues masculins. « Rater une Coupe du monde en toute conscience est un choix très courageux. Je pense que la décision d’Ada doit être respectée », a réagi Nadine Kessler, responsable du football féminin auprès de l’UEFA. Portrait d’une joueuse très respectée dans le monde encore misogyne du football..

À seulement 23 ans, Ada Hegerberg reçoit le 3 décembre 2018 l’une des plus hautes récompenses individuelles dans le monde du football. C’est la première fois qu’une femme reçoit cette distinction, jusqu’ici réservée aux hommes depuis plus de 60 ans ( !). « C’est historique, c’est incroyable », s’est enthousiasmée l’heureuse élue en recevant son trophée. « Elle mérite cette distinction » a de son côté déclaré Jean-Michel Aulas, le président de l’OL. « Ada est unique. C’est une avant-centre exceptionnelle qui fait partie des joueuses qui marquent toute une génération. (…) Cela montre que le football féminin a franchi une étape et que ce qu’on a fait pour son développement obtient une forme de reconnaissance de la part des grands clubs. C’est extrêmement positif. C’est une belle fierté pour le football féminin et pour Lyon ».

Née en Norvège en 1995, la petite Ada grandit dans la ville de Sunndal avec ses parents et sa sœur Andrine. Toutes deux jouent au football dès l’enfance dans des équipes mixtes, puis dans des équipes féminines dès l’âge de 9 ans. « C’est à Sunndal qu’Ada et moi avons acquis des valeurs fondamentales qui nous ont permis d’arriver là où on en est aujourd’hui », raconte Andrine au magazine SoFoot. Les deux sœurs bénéficient d’un modèle féminin hors pair: leur mère est l’ancienne meilleure buteuse du championnat norvégien avec son club Trondheims-ørn. Ada avoue pourtant en interview ne pas s’être vraiment intéressée au football féminin: « Pour être honnête, je n’ai pas beaucoup regardé le football féminin quand j’étais plus jeune. Mon équipe préférée est Arsenal et j’ai toujours aimé regarder Thierry Henry au meilleur niveau de sa carrière ».

© Belga ImageAda Hederberg le 3 décembre 2018, accompagnée de sa mère et sa sœur Andrine. © Belga Image

À 14 ans, l’adolescente participe à sa première compétition en jouant au Championnat de Norvège de football féminin (Toppserien) avec le club de Kolbotn IL. Un an plus tard, la famille déménage à Oslo, ce qui permet aux deux joueuses de se rapprocher de Kolbotn, « l’une des meilleures équipes de football féminin de toute la Norvège », estime Andrine. En 2012, Ada intègre le club de Stabæk avec sa sœur avant de se faire remarquer le 11 mai de la même année lors d’un match contre Fart: elle y inscrit cinq buts en seulement 35 minutes.

Ada et Andrine rejoignent en 2012 le Turbine Potsdam allemand. Deux ans plus tard, les deux sœurs seront séparées: Andrine s’envole en Suède au Kopparbergs/Göteborg FC tandis qu’Ada rallie l’Olympique lyonnais. Elle y remportera trois Ligues des champions consécutives en 2016, 2017 et 2018. En 2016, elle est élue la meilleure joueuse en Europe de l’UEFA. La même année, le président de son club, Jean-Michel Aulas, déclare qu’elle est « en route pour devenir la meilleure joueuse du monde ».

Une admiration réciproque lie le club et la footballeuse qui déclare lors de la signature de son nouveau contrat en 2018 : « Je fais partie du meilleur club, dans les meilleures conditions. Je peux donner le meilleur de moi-même. C’est ma maison, je suis vraiment heureuse. Cela fait quatre ans que je suis à l’OL, c’est ma deuxième famille. Je me sens apprécié et j’apprécie ce club. Si nous continuons à bien travailler, je resterai encore de nombreuses années ».

En recevant le Ballon d’or, la footballeuse a remercié ses coéquipières, son entraineur et son président Jean-Michel Aulas « qui fait beaucoup pour le football féminin. C’est une grande étape, c’est très important pour nous les femmes ». Elle ne croyait pas si bien dire… Le DJ Martin Solveig a démontré que le sexisme était encore bien trop présent dans cet univers majoritairement masculin. Quelques secondes après que Hegerberg ait encouragé les jeunes filles à « croire en elles », le DJ français s’est permis une question très malvenue: « Vous savez twerker ? », provoquant une vague de rires gras et un « non » cinglant de la joueuse. Celle-ci dira plus tard qu’elle n’a pas considéré la remarque sexiste, sûrement pour ne pas entacher un peu plus sa magnifique victoire.

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