Vue de Flandre : le mal-être existentiel des " francophones flamands "

La Belgique n'a toujours pas ratifié la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Ça fait pourtant 17 ans que le pays l'a signée. Et les francophones de Flandre veulent que ça bouge: "Nous ne sommes pas victimes de discrimination. C'est pire que ça!"

belgaimage-35129058-full

Vendredi dernier, le ministre de la Périphérie flamande Ben Weyts (N-VA) a fait adopter par le gouvernement Bourgeois un projet de décret stipulant qu’à l’avenir les actes notariaux ne pourront plus être rédigés officiellement qu’en néerlandais. Un nouveau « petit changement » s’ajoutant à une liste qui ne cesse de s’allonger, inexorablement. Cette « flamandisation » a pour conséquence – pour objectif ? – d’isoler chaque fois un peu plus les « francophones de Flandre » vis-à-vis de la Wallonie et de Bruxelles.

Cela fait longtemps que les francophones de Flandre crient leur mal-être Cette communauté représente 6% de la population de Flandre, soit à peu près 367 000 individus (chiffres 2009). Et beaucoup en ont plus qu’assez. C’est notamment le cas de l’Association pour la promotion de la francophonie en Flandre (APFF) qui, le week-end dernier, s’efforçait de faire entendre sa voix au onzième Forum des minorités de l’ONU organisé le week-end dernier à Genève pour dénoncer les discriminations subies. Oui, à l’ONU !

Accès quasi impossible au logement social, refus de subventions pour les associations culturelles francophones, obligation pour les élus communaux de parler uniquement le néerlandais au conseil en dépit d’un arrêt de la Cour constitutionnelle qui les autorise à parler en français… Pour Edgar Fonck, directeur de l’APFF, la coupe est pleine. « Ce n’est pas de la discrimination, c’est pire que ça !« , tempête le directeur. « Peut-être que chaque petite mesure prise individuellement, ce n’est pas très important. Mais mise de bout en bout, ça fait beaucoup. C’est le principe-même du grappillage et, en fin de compte, les francophones de Flandre se retrouvent dans des situations complexes alors que dans à peu près tous les autres pays européens, les minorités sont protégées. » 

« Une différence entre intégration et assimilation »

Dix-sept ans après l’avoir signée, la Belgique n’a toujours pas ratifié la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Créée à l’origine pour promouvoir les activités d’associations francophones en Flandre, l’APFF milite pour que la situation change… depuis que la Flandre lui a coupé les subsides qu’elle percevait de la Communauté française à l’époque. « Il a fallu faire un choix, laisser tomber et mourir ou se mobiliser et agir« , se souvient Edgar Fonck.

C’est un peu le combat de David contre Goliath avec une N-VA qui, dans la majorité aux niveaux régional et fédéral, ne veut pas entendre parler ni de minorité francophone ni de discriminations linguistiques…Et ce ne sont pas les quelques 200 recommandations émises par l’ONU à l’encontre de la Belgique lors de son dernier examen périodique universel (EPU – processus qui consiste à passer en revue les réalisations de l’ensemble des Etats membres de l’ONU dans le domaine des droits de l’homme, ce compris le droit des minorités) en 2016 qui y a changé quelque chose…

Mais en faisant l’avocat du « diable » (sans vouloir offenser tout le Nord du pays), ne peut-on pas comprendre que la Flandre souhaite défendre l’usage du néerlandais et son apprentissage ? « Apprendre le néerlandais n’est pas un problème, c’est un devoir et un bon exercice pour les francophones« , précise Edgar Fonck qui a « émigré » à la côte belge il y a 25 ans. « Le problème ici, c’est de pouvoir garder un accès à sa culture. Il y a une grande différence entre intégration et assimilation. Un francophone qui va habiter en Flandre n’y vient pas en territoire conquis. Il aura besoin d’apprendre le néerlandais pour avoir des interactions avec ses voisins, les parents des enfants à l’école, etc. Mais ce n’est pas normal de devoir perdre sa culture pour cela. Ça n’existe nulle part ! Ratifier la convention cadre est nécessaire pour exister en tant que communauté, sans pour autant être repliée sur soi-même. » 

Un repli sur soi qu’une certaine Flandre plébiscite chaque fois en votant à droite, très à droite.

Sur le même sujet
Plus d'actualité