La COP24 : une énième conférence pour tenter de sauver la planète

À l’heure où le réchauffement climatique alarme de plus en plus les scientifiques et une partie de la population mondiale, la 24e conférence des parties (COP) s’ouvre aujourd’hui en Pologne, à Katowice.

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« Nous n’allons pas du tout dans la bonne direction » pour freiner le changement climatique qui « va plus vite que nous », a déclaré Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies lors de l’ouverture de ce sommet. « Même si nous sommes les témoins d’impacts climatiques dévastateurs provoquant le chaos à travers le monde, nous ne faisons toujours pas assez, nous n’allons pas assez vite ». Ambiance. C’est que la tâche est grande devant l’urgence climatique. Le plus gros chantier qui attend les pays participants est la création de règles afin de mettre en œuvre l’Accord de Paris, signé en 2015 lors de la COP21. Une sorte de « rulebook », comme le dit l’ONU, devra donc être créé pour déterminer quelles actions s’engagent à prendre les pays pour lutter contre le réchauffement climatique, quels mécanismes de transparence instaurer pour s’assurer de cette mise en œuvre, quelles règles appliquer à la finance internationale, etc. Un très gros chantier donc.

En plus de ce travail titanesque, la COP24 doit faire aboutir le « dialogue de Talanoa » lancé lors de la COP23. Son objectif est de mettre en commun les expériences menées dans chaque pays pour contrer le réchauffement climatique. Une sorte de partage des bonnes idées qui permet de déterminer ce qui fonctionne et ce qui ne marche pas. « C’est un gain de temps précieux. Nous n’avons plus assez le temps pour réinventer la roue chacun de notre côté », explique Benoît Leguet, directeur général de l’Institute for Climate Economics.

À la demande de la Pologne, des négociations pour l’élaboration d’un plan d’action pour « la transition juste » sont aussi au programme de cette COP. Le pays veut s’assurer que la transition écologique soit juste socialement pour certains travailleurs et régions qui risquent d’être mis de côté. Certains y voient un moyen pour le pays de retarder la sortie du charbon, puisque 80% de son électricité provient du charbon.

Tous les regards sont braqués sur cette ville du sud de la Pologne. Les représentants des 196 États faisant partie de l’Accord de Paris arriveront ils à le raviver et à prendre des engagements climatiques ambitieux ? La Banque mondiale a elle annoncé aujourd’hui la création d’une enveloppe de 200 milliards de dollars pour aider les pays en développement face au changement climatique sur la période 2021-2025. Cette annonce « envoie un signal important à la communauté internationale, pour qu’elle fasse de même », a déclaré l’institution dans un communiqué. En attendant l’issue de cette 24e conférence sur le climat, petit tour d’horizon de celles qui l’ont précédées.

1992 : Naissance de la COP lors du Sommet de la Terre de Rio

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Le troisième Sommet de la Terre se tient du 3 juin au 14 juin 1992. Ces conférences sont organisées par l’ONU depuis 1972, et ce tous les dix ans. Encore aujourd’hui, cette Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement (CNUED) est considérée comme le plus grand rassemblement de dirigeants mondiaux. Elle se finit par la signature de la Déclaration de Rio qui fixe les lignes d’action visant à assurer une meilleure gestion de la planète et donne (enfin) une définition officielle à la notion de « développement durable ». 170 pays participent à cette conférence et signent la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Ces pays signataires participeront chaque année à une conférence : la fameuse COP, soit la conférence des parties qui aura lieu chaque année dans un pays signataire différent.

1995 : La première COP à Berlin

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La COP1 se déroule dans la capitale allemande du 28 mars au 7 avril 1995. C’est la première fois que le pays reçoit une conférence plénière des Nations Unies. La préparation et l’organisation de l’événement sont confiées à la ministre de l’Environnement de la République fédérale de l’époque : une certaine Angela Merkel. La COP1 n’aboutit à aucunes mesures concrètes car les pays participants restent divisés sur la question du réchauffement climatique : entre pays industrialisés et responsables du réchauffement climatique et pays pauvres voulant se développer économiquement sans renoncer aux énergies fossiles. « Il est vrai que, une fois le cérémonial médiatique oublié, les bilans paraissent maigres au regard de l’immense défi auquel l’humanité est confrontée. La conférence sur l’effet de serre (…) ne semble avoir débouché que sur un laborieux compromis, renvoyant à deux ans et à une nouvelle réunion, à Kyoto, l’application de mesures destinées à contenir la menace de réchauffement climatique », écrivait à l’époque le journal Le Monde.

1997 : Le protocole de Kyoto

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Après Genève en 1996, la troisième COP a lieu à Kyoto. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un protocole contraignant est élaboré. Il vise à encadrer les émissions de CO2 de plus d’une centaine de pays. Les objectifs sont clairs : réduire de 5,2% les émissions de gaz à effet de serre planétaires d’ici 2020 en se servant de l’année 1990 comme référence. Malheureusement, pour que le protocole puisse rentrer concrètement en vigueur, au moins 55 pays doivent le ratifier. Il faudra pour cela attendre 2002 lorsque l’Islande s’engage à son tour à réduire ses émissions. Le protocole de Kyoto est donc ratifié en 2005 à la COP11 de Montréal. Les États-Unis et la Chine, soit les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre dans le monde, ne ratifient pas ce traité. Le Canada s’en retire en 2011.

2001 : Appliquer le protocole de Kyoto

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La COP6 se tient une fois de plus en Allemagne, dans la ville de Bonn, en juillet 2001. Son objectif principal est de mettre en œuvre le protocole de Kyoto. Plusieurs mesures sont prises comme les règles de comptage des émissions de gaz, le système d’échanges d’émission de gaz entre le Nord et le Sud, la création d’un fonds d’adaptation (450 millions d’euros) pour permettre aux pays émergents de faire face aux changement climatiques et l’instauration d’un organe de contrôle du respect des engagements. Il s’agit du premier pas vers une réglementation internationale contraignante sur le plan environnemental.

2009 : L’échec de la Conférence de Copenhague

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La quinzième conférence des parties était l’occasion pour les 192 pays participants de renégocier un accord international sur le climat pour remplacer le protocole de Kyoto (celui-ci se terminant en 2012). Ce « sommet de la dernière chance pour le climat » s’est terminé par un échec, les participants n’ayant pas réussi à dresser un accord juridiquement contraignant. La COP15 a « juste » permis d’affirmer que les nations du monde souhaitaient contenir le réchauffement climatique sous les +2°C. Ces maigres résultats sont un « désastre » pour le représentant français de Greenpeace. « Cela représente plusieurs pas en arrière par rapport au Protocole de Kyoto. Il n’y a aucune substance. Il n’y a plus aucune référence à la science » ». Greenpeace International déplore de son côté le manque de contrainte et d’objectif pour 2020 ou 2050, et juge qu’il était « difficile d’imaginer pire conclusion pour la conférence de Copenhague ». À l’époque, Nicolas Hulot qualifie lui les résultats de la COP15  « d’affligeants » et « de consternants ».

2010 : La limite des 2°C

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La COP16 de Cancún au Mexique permet aux pays de négocier un accord international pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels. « C’est historique, sur les changements climatiques, (car) c’est la première fois que les pays s’accordent un tel jeu d’instruments et d’outils qui vont permettre aux pays en développement de réduire leurs émissions et de s’adapter aux conséquences du changement climatique », s’est réjouie Christina Figueres, secrétaire exécutive de la convention et présidente de la conférence. La COP16 concrétise aussi la création d’un Fonds pour le climat, le « Green Climate » fund. Le New York Times qualifie l’accord d’ « avancée majeure », mais aussi d’ « assez modeste » dans ses ambitions, car ne répondant pas au « niveau d’exigence nécessaire demandé par les scientifiques pour éviter un changement climatique dangereux pour la biodiversité et les hommes ».

2011 : Prolongation du Protocole de Kyoto

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Le protocole de Kyoto est prolongé de huit ans lors de la COP 17 de Durban en Afrique du Sud. Le Canada se retire malheureusement de l’accord. Comme le souligne très justement Le Parisien, « avec les États-Unis et la Chine toujours à l’écart, les signataires de ce protocole de Kyoto 2.0 ne représentent plus que 15% des émissions planétaires de gaz à effet de serre ». Les accords de Durban prévoient l’adoption d’un accord universel en 2015. Un processus de travail est alors lancé pour définir un nouveau protocole contraignant dont l’adoption est prévue en 2015 et la mise en œuvre dès 2020. Les ONG critiquent majoritairement ces accords. Les Amis de la Terre estime par exemple que l’accord de Durban a « touché le fond » et constitue « une ruse pour détourner l’attention du monde de l’échec des pays développés à respecter les engagements existants de réduire leurs émissions ».

2015 : Accord historique à Paris

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Alors que la COP21 de Paris devait se terminer le 11 décembre, elle est prolongée jusqu’au lendemain, jour où les délégués parviennent à un accord international sur le climat, applicable à tous les pays. Il fixe comme objectif de limiter le réchauffement climatique mondial à moins de 2°C d’ici 2100, en visant les +1,5°C. Cet accord doit entrer en vigueur en 2020. Pour atteindre cet objectif, tous les États s’engagent à publier leurs propres objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre, aujourd’hui accessibles sur le site des Nations unies.

2016 : Avancée de deux ans

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Lors de la COP22 à Marrakech, l’adoption des modalités d’application de l’accord de Paris sont avancées de deux ans : elles devront donc être appliquées dès 2018 et non plus 2020, soit lors de la COP24 en Pologne qui se déroule en ce moment-même. 

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