La SNCB doit-elle indemniser les proches de Juifs déportés ?

Aux Pays-Bas, comme en France et en Allemagne auparavant, la compagnie nationale des chemins de fer va indemniser les familles des déportés juifs pour « s'amender » de sa complicité avec les nazis durant la seconde guerre mondiale. Où en est la Belgique ?

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Alors qu’Infrabel et la SNCB se félicitaient hier de l’inauguration d’un nouveau tronçon à quatre voies entre Bruxelles et Denderleeuw – bouclant ainsi le RER au nord du pays, les Wallons devront au moins encore patienter jusqu’en 2030 – c’est une autre compagnie de chemin de fin située un peu plus au nord qui a capté l’attention des médias cette semaine… La Nederlandse Spoorwegen (NS), société nationale des chemins de fer aux Pays-Bas, a annoncé vouloir prochainement indemniser les proches de juifs déportés vers les camps nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Comme nombre d’autres entreprises néerlandaises, la NS a poursuivi ses activités au service des occupants nazis après l’invasion du pays par l’Allemagne en mai 1940, gagnant l’équivalent de millions d’euros en transportant des familles juives vers le camp de concentration de Westerbork, rapporte la chaîne de télévision nationale NOS. Au total, quelque 107.000 des 140.000 juifs habitant aux Pays-Bas y ont été acheminés avant d’être envoyés vers les camps de la mort d’Auschwitz, Sobibor et Bergen-Belsen. La jeune Anne Frank, symbole de l’Holocauste, en faisait partie…

Nos voisins « en exemples »

La NS s’est officiellement excusée en 2005 pour ses actes pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aucune indemnité n’avait été versée jusqu’à maintenant… En France, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, avait reconnu en 2011 les responsabilités de l’entreprise de transport, « rouage de la machine d’extermination nazie ». Trois ans plus tard, en 2014, le gouvernement français s’était engagé à verser près de 50 millions d’euros aux victimes étrangères transportées par les trains vers les camps de la mort durant la seconde guerre mondiale, selon les termes d’un accord passé avec les Etats-Unis. Les quelques milliers de déportés survivants américains devaient recevoir environ 100 000 dollars chacun.

En Allemagne, la société des chemins de fer Deutsche Bahn avait attendu 50 ans et sa « fondation » en 1994 (suite à la fusion des réseaux de la RFA et de la RDA) pour reconnaître sa responsabilité dans la déportation des juifs. En septembre 2017, une vive polémique avait même éclaté suite à la proposition de la société de baptiser un de ses nouveaux trains à grande vitesse… Anne Frank ! Face au déluge de critiques, la Deutsche Bahn avait plaidé sa bonne fois en déclarant ne pas avoir cherché à endommager la mémoire de l’un symboles de la déportation. « Au contraire, la DB a décidé en pleine conscience d’entretenir le souvenir d’Anne Frank, sur la base de sa responsabilité historique », avait argumenté la compagnie avant de reconsidérer sa décision.

Que fait la SNCB ?

Et chez nous alors ? 25000 Juifs et Tziganes ont été déportés vers les camps de la mort depuis la Belgique. En 2012, Jannie Haek (administrateur de la SNCB à l’époque) avait reconnu le rôle de la compagnie dans la déportation des Juifs…

Suite à l’annonce de la NS, le journal De Morgen rapporte que l’échevin anversois d’origine juive Claude Marinower (NV-A) et le bourgmestre de Malines Bart Somers (Open VLD), commune où se situe le camp de concentration de Breendonk, ont été interpellés par Michael Freilich, rédacteur en chef de la revue Joods Actueel (mensuel flamand d’information sur la communauté juive). Les excuses ne suffisent plus. Bart Somers estime que la SNCB doit mener une enquête sur sa complicité possible avec le régime nazi. « S’il s’avère que de l’argent a été gagné lors de ces déportations, il faudra des compensations », estime Michael Freilich, toujours cité par De Morgen.

En 2003, un rapport du Sénat démontrait que plusieurs services publics belges avaient collaboré avec l’occupant. Mais, le temps que la lumière soit faite sur ce dossier, la SNCB (et la Belgique) prend encore du retard par rapport à ses voisins… comme d’habitude a-t-on envie de dire.

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