Alcool dans les stades: le football et la bière, c’est l’amour fou

La ministre wallonne de la santé veut bannir les publicités pour boissons alcoolisés des compétitions sportives, première étape avant « d’ouvrir la discussion pour interdire la vente de bière dans les stades de football ». Un match perdu d’avance ?

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Interviewée cette semaine dans Moustique, la ministre wallonne de la santé Alda Greoli (cdH) était invité ce matin sur la Première pour discuter de son « Plan intégré de la prévention santé », qu’elle présente cette semaine au gouvernement wallon. Parmi les mesures évoquées : l’interdiction de toute association entre sport et alcool en Wallonie. « Avant chaque match de Coupe du Monde, nous étions matraqués de publicité pour deux phénomènes addictifs et dangereux pour la santé : l’alcool et les jeux de paris en ligne. Vous trouvez ça normal ? », a déclaré la ministre, remontée.

Outre la publicité, la ministre va même plus loin en proposant de bannir la vente de boissons alcoolisées dans les stades de football. Ni plus, ni moins. « Je ne suis pas en train de dire qu’il faut interdire l’alcool et qu’il n’est pas bien de boire un verre de vin entre copains », a précisé Alda Greoli. « Mais d’un autre côté, posons-nous des questions sur notre responsabilité en société. Et si Jupiler se demandait ce qu’ils peuvent faire pour changer la santé des gens ? Ça n’empêcherait pas d’avoir une image, mais un autre type d’image. La santé publique c’est l’affaire de tous. Il faut ouvrir le champ de la discussion pour permettre l’interdiction. »

Une telle mesure est-elle vraiment envisageable sachant que notre compétition nationale de football porte le nom de la célèbre marque de bière au taureau (Jupiler Pro League) ?

La bière sans alcool, vraie-fausse alternative ?

Depuis la saison dernière (2017-2018), la Jupiler 0,0% a fait son entrée dans les stades de football aux côtés de sa « jumelle » alcoolisée. Dans un communiqué publié mi-septembre, le groupe AB InBev précisait espérer « sensibiliser les gens en matière de consommation d’alcool responsable et influencer de façon positive la norme sociale en matière de consommation d’alcool. Et son président Jean-Jacques Velkeniers de préciser vouloir inciter les supporters à « faire des choix intelligents » en proposant des variantes à faible taux en alcool ou sans alcool. « Pour nous, cela représente beaucoup plus qu’un défi commercial, et nous pensons qu’il est de notre responsabilité d’y répondre. C’est même notre première priorité. »

On peut tout de même s’interroger à propos de la campagne « 0% alcohol, 100% supporter ». Elle a débuté cette année avec une action spéciale lors d’un match de chaque club partenaire : tant que le score restait de 0-0, la Jupiler 0,0% était disponible… gratuitement ! « Une campagne soutenue par les gardiens de but qui font tout pour garder le score de zéro », précisait le communiqué. L’objectif caché de ce coup marketing n’est-il pas de séduire et encourager un public encore plus large à consommer les produits d’AB InBev qui, jusqu’à preuve du contraire, sont majoritairement alcoolisés (l’entreprise souhaite réaliser d’ici 2025 au moins un cinquième de son volume de bière total en boissons non-alcoolisées ou à faible teneur en alcool).

Faut-il également rappeler que, pendant la coupe du monde, Jupiler avait temporairement troqué son nom par « Belgium » pour se positionner comme « l’accessoire » indispensable de tout supporter des Diables Rouges qui se respecte? Il semblerait que la puissante multinationale (plus grand groupe brassicole au monde) dicte les règles du jeu.

Retour de la bière dans les stades européens

À l’étranger, certaines compétitions ont bannis depuis longtemps les boissons alcoolisées. C’est notamment le cas en Angleterre où les clubs de Premier League – championnat où s’illustrent de nombreux Diables Rouges – ne peuvent plus vendre de bières aux supporters dans leur enceinte depuis 1985. Cette mesure a été adoptée à la suite du Drame du Heysel, qui a amené les autorités britanniques à prendre des mesures drastiques pour éradiquer une fois pour toute le hooliganisme à néant.

Si le fléau semble aujourd’hui avoir disparu en Angleterre, les supporters ont depuis lors coutume de se rassembler avant le match dans les pubs disposés aux quatre coins des stades pour descendre plusieurs pintes avant le coup d’envoi. Peu probable qu’ils soient tous sobres au coup d’envoi du match. Shaun Harvey, le directeur général de la ligue anglaise de football, a d’ailleurs déclaré le mois dernier que l’interdiction était aujourd’hui une mesure « disproportionnée » et qu’il souhaiterait entamer un débat « constructif et responsable » avec le gouvernement britannique pour réintroduire la vente de bières dans les stades…

Fin juin, alors que la planète entière avait les yeux rivés sur la Russie et qu’Alda Greoli se plaignait du matraquage publicitaire pendant la coupe du monde, l’UEFA (fédération européenne de football) a levé dans l’indifférence quasi générale l’interdiction de vente d’alcool dans les enceintes des stades pour les matchs de Ligue des Champions et d’Europa League à partir de la saison prochain (2019 – 2020). Des compétitions où s’illustrent le Club de Bruges, Anderlecht ou le Standard de Liège… Menacée de défaiter sur le tapis verre, la bière semble plutôt disposée à jouer les prolongations dans les stades de football.

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