Embryons humains génétiquement modifiés: la boîte de Pandore est-elle ouverte ?

Un chercheur chinois a écopé de trois ans de prison pour avoir manipulé des gènes d’embryons pour les rendre résistants au VIH. Une génération d’humains génétiquement améliorés, ce n'est donc pas (encore?) pour demain. 

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Cet article a été publié initialement le 27/11/2018 et mis à jour le 30/12/2019.

Dans une société hautement technologique, l’eugénisme (méthodes contribuant à améliorer le patrimoine génétique d’un être humain) est pratiqué à grande échelle. Les gamètes des parents sont triés et soigneusement sélectionnés pour concevoir in vitro des individus « parfaits ». Une fois à l’âge adulte, les super-humains accèdent aux emplois avantageux et hautes classes de la société, tandis que les « enfants de Dieu », conçus de manière naturelle, se retrouvent relégués à effectuer des tâches subalternes… Voici le synopsis de Bienvenue à Gattaca, film réalisé il y a 20 ans par Andrew Niccol (The Truman Show, Lord of War) avec Ethan Hawk et Uma Thurman. Un scénario qui n’entre plus dans la catégorie « science-fiction ».

Condamné ce lundi 30 décembre à trois ans de prison, He Jiankui, chercheur à Shenzhen (Chine), avait modifié il y a un an des gènes d’embryons humains pour les immuniser au VIH. Le scientifique et son équipe avaient sélectionné des couples composés d’un homme séropositif et d’une femme séronégative. Lors de la fécondation, He Jiankui a exploité une technique scientifique visant à modifier des extraits d’ADN directement dans le génome. Sur le nombre total de grossesses, une a été menée à terme pour l’instant, donnant naissance à deux jumelles « en parfaite santé« , selon le chercheur.

La nouvelle a fait scandale. Des centaines de scientifiques chinois avaient publié une lettre commune pour condamner le travail mené par leur confrère, dénonçant « un coup dur pour la réputation de la science chinoise » et un acte « injuste pour les chercheurs consciencieux dans leurs travaux« . Les autorités avaient ordonné une enquête tandis que la communauté scientifique mondiale avait elle aussi dénoncé l’expérimentation, regrettant que la « boîte de Pandore ait été ouverte« .

Eradiquer des maladies? Oui, en théorie…

Les modifications embryonnaires peuvent-elles vraiment éradiquer les maladies. Oui, en théorie… Mais Damien Lederer, généticien clinique à l’IPG (Institut de Pathologie et de Génétique), préfère prendre du recul. « En modifiant le génome embryonnaire pour réduire la sensibilité à une maladie, rien ne garantit que l’opération n’augmentera pas la sensibilité à une autre pathologie. On pourrait être immunisé face au VIH mais fragilisé face à la grippe, un virus qui touche une proportion beaucoup plus large de la population… Et en supposant que cela fonctionne, il faudrait alors modifier le génome de tous les futurs bébés à naître pour éradiquer complètement la maladie. » 

En Belgique, les modifications embryonnaires opérées sur des humains sont loin d’être d’actualité. C’est donc d’un regard plutôt détaché que l’on a observé l’expérience chinoise. D’autant plus que son intérêt médical est dérisoire. Elle semblait avant tout n’être qu’une tentative de braquer l’attention sur son auteur…  « La manière dont le chercheur a publié ses résultats (dans une vidéo postée sur le web, NDLR) est interpellante. L’université qui l’emploie n’était même pas au courant de ses démarches… Quant à la finalité de son expérimentation, elle pose aussi question. Avec les techniques actuelles, on peut parfaitement empêcher le VIH d’être transmis aux enfants, à condition que la mère respecte son traitement. Le père (parent séropositif dans l’expérience de He Jiankui) n’entre même pas en ligne de compte« , explique Damien Lederer.

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