La NASA à la (re)conquête de l’espace

Des astronautes marchant sur la lune dans quelques années… avant d’aller sur Mars ? La NASA y travaille déjà. Ce programme, couteux et dangereux, a-t-il seulement une réelle utilité ? Un spationaute belge a un avis plutôt tranché sur la question.

belgaimage-132932429_copie

« We are going ». Alors que la sonde Insight tente aujourd’hui-même une descente à haut risque sur Mars, la Nasa voit déjà plus loin. Dans un spot promotionnel haletant qui ferait passer le First Man de Damien Chazelle (avec Ryan Gosling dans la peau de Neil Armstrong) pour un téléfilm du dimanche après-midi sur France 2, l’agence spatiale américaine a annoncé il y a quelques jours l’ouverture d’un nouveau chapitre de son Histoire : le retour de missions habitées sur la lune (oui, le retour). Objectif : préparer le terrain avant d’aller sur Mars ! « Ce n’est pas hypothétique, nous sommes déjà en train de nous préparer ! », annonce la vidéo.

Près de 50 ans après la fermeture du programme Apollo (Harisson Schmitt fut le dernier homme à poser le pied sur la lune en décembre 1972), quel est l’intérêt de (re)partir à la conquête des étoiles aujourd’hui alors que notre bonne vieille Terre est malade de son climat ? La situation est-elle désespérée au point qu’il faille déjà envisager un exil martien ?

Intérêt scientifique minime

« Aller sur Mars, c’est du suicide ! », répond de manière cinglante Nicolas Grevesse du centre spatial de Liège (CSL). Occupé à la réalisation de Picasso, un petit satellite d’une trentaine de centimètres confectionné en collaboration avec l’institut d’aéronomie spatiale de Bruxelles et qui devra analyser les polluants de l’atmosphère terrestre, le chercheur du CSL affirme qu’envoyer des missions habitées dans l’espace ne revêt pas d’un grand intérêt scientifique. « Nous savons ce qu’il y a à la surface de la Lune et de quoi notre satellite naturel est composé. Les instruments et les robots d’aujourd’hui suffisent amplement à la récolte de données. Y envoyer des astronautes, c’est inutile et ça coûte plus cher ! ».

Le scientifique va même plus loin en expliquant que les précédentes missions sur la lune n’auraient servi… à rien ! « D’un point de vue scientifique, les voyages sur la lune ne nous ont rien appris à part quelques informations sur les particules des vents solaires recueillies sur une feuille d’aluminium. Apollo était un programme politique avant tout. Depuis la mise en orbite de Spoutnik en 1957, les Américains étaient complètement dépassés par les Russes. Les Soviétiques sont les premiers à y être allés, avec des engins non habités. L’Homme sur la Lune, c’était avant tout le fantasme de Kennedy ».

« Impossible d’en revenir vivant »

Un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’Oncle Sam. L’entreprise lui a assuré une victoire symbolique sur l’URSS en pleine Guerre Froide. Une époque révolue (quoique). Alors pourquoi donc la Nasa voudrait-elle retourner sur la lune aujourd’hui ? « Je ne comprends pas », admet, perplexe, Nicolas Grevesse. « De même, l’hypothétique présence humaine sur Mars est une aberration. À supposer que des astronautes partent effectivement, une mission martienne durerait minimum deux ans en tenant compte de la durée du trajet (6 à 7 mois, NDLR) et de l’alignement des planètes sur leur orbite. Ces gens se retrouveront en apesanteur pour une période prolongée et, surtout, ils seront bombardés par des tas de particules qui proviennent de l’espace. Et ça, on ne peut pas s’en protéger, à moins d’équiper les navettes de murs en plomb ».

Selon le spécialiste, ce voyage condamnerait les humains qui oseraient l’entreprendre : « Je ne vois pas comment ces gens-là pourraient revenir vivants… Et s’ils survivent, ils mourront d’un cancer peu de temps après ». Un avis partagé par d’autres spationautes.

Dans quelques heures et si tout va bien, InSight rejoindra la colonie de robots américains qui se baladant sur Mars. Isolés sur leur planète désertique (difficile de ne pas verser une larme en pensant à WALL-E), les machines préparent le terrain en espérant l’arrivée de compagnons humains. Peu importe les pronostics négatifs de ses confrères européens, la NASA est bien décidée à y parvenir en repoussant les limites de la science, vers l’infini et au-delà.

Sur le même sujet
Plus d'actualité