Amnesty lance une enquête participative pour recenser les frappes aériennes en Syrie

L’outil s’appelle Strike Tracker et permet à toute personne dotée d’un smartphone ou d’un ordinateur de participer aux recherches menées par Amnesty International et Airwars sur les dommages civils causés par les bombardements de la coalition dans la ville de Raqqa.

© Belga Image

Sur l’écran, des images satellite d’une certaine zone de Raqqa défilent sous vos yeux. Votre mission : déterminer à partir de quelle image l’un des bâtiments pointés sur la photo a été touché par un missile. Vous cliquez sur la dernière image où le bâtiment est intact, vous soumettez votre réponse et vous passez à la suivante. Non, ceci n’est pas un jeu vidéo, mais une enquête d’Amnesty International à laquelle vous pouvez contribuer. L’ONG déplore « l’ampleur choquante des pertes civiles résultant de quatre mois de bombardements américains, britanniques et français » ayant pour objectif d’éjecter l’État islamique de Raqqa. En 2017, des bombardements de la coalition dirigée par les États-Unis avaient en effet détruit près de 80 % de la ville syrienne.

Strike Tracker © Amnesty International

L’interface de Strike Tracker © Capture d’écran de www.decoders.amnesty.org

« Les recherches de terrain et notre analyse depuis la fin de cette campagne militaire ont fourni des preuves accablantes de violations manifestes du droit international commises par la coalition ». Après avoir mené une enquête de terrain approfondie, Amnesty a toutefois réussi à faire reconnaître par la coalition les pertes civiles constatées. Mais ce n’est pas suffisant pour l’association des droits humains qui rappelle qu’un an après la « libération » de la ville des corps sont encore retrouvés sous les décombres et dans des charniers. « Il reste une montagne d’éléments à passer en revue, et l’ampleur des dommages civils est trop grande pour que nous le fassions seuls ». Elle compte dès lors s’appuyer sur des milliers de « Strike Trackers » bénévoles pour déterminer avec précision quand et où les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de la coalition ont détruit des bâtiments. Pour renforcer son enquête, Amnesty s’allie pour l’occasion avec Airwars, une organisation qui évalue les dommages causés aux civils lors de conflits à l’aide d’images aériennes.

3.000 à 5.000 participants devraient normalement participer. Mais comment faire confiance à une enquête menée par de simples citoyens, loin d’être experts en images satellitaires et dommages de guerre ? Faire analyser les images plusieurs fois par plusieurs bénévoles différents semble suffisant pour l’ONG. L’objectif d’Amnesty est en fait de pousser la coalition et principalement les États-Unis à assumer leurs responsabilités en matière de dégâts humains et matériels. « Elle doit enfin reconnaître ces cas et enquêter dessus comme il se doit, afin d’ouvrir la voie à la justice et la réparation », explique l’ONG sur son site. Les résultats de cette enquête participative sont attendus d’ici début 2019.

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