La vertu thérapeutique des « rêves partagés »

Incompréhensibles, gênants et parfois flippants, nos rêves tombent souvent aux oubliettes dès que notre réveil nous tire du sommeil. Se les rappeler et les raconter permettrait pourtant de se sentir mieux… Oui vraiment !

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« Hé salut ! ça va et toi ? Alors t’as rêvé de quoi cette nuit ? » Avouez-le, même à côté de la machine à café, les conversations du matin au boulot débutent rarement de cette manière. Même entre conjoints, discuter de ses rêves est un sujet quasi tabou. Selon une croyance freudienne très populaire, les rêves sont l’expression de désirs profonds et/ou subconscients inavoués. « Partager ses rêves » c’est donc risquer le suicide social en révélant par inadvertance des névroses honteuses ou des désirs déviants. Dire à quelqu’un : « J’ai rêvé de toi hier », équivaudrait donc à une invitation à prendre un verre et plus si affinités… Et si nous étions complètement hors sujet ?

La répulsion à parler publiquement de ses rêves est un phénomène culturel récent. Dans son livre Why We Dream: The Transformative Power of Our Nightly Journey, dont on peut lire un extrait dans le Time magazine, l’écrivaine et journaliste américaine Alice Roob écrit que nos ancêtres n’avaient jadis pas honte de partager leur rêves en société. Au contraire, ils trouvaient même des bénéfices à cet exercice ! En effet, au plus nous nous efforçons à nous remémorer nos rêves, au plus nous aurons de facilité à nous en souvenirs. Ça tout le monde le sait. Mais les partager peut aussi nous rapprocher les uns des autres. Les rêves permettent d’aborder plus facilement des sujets sensibles ou embarrassants et donc d’entamer plus facilement des conversations intimes. En discuter peut même avoir des vertus thérapeutiques et stimuler le bien-être.

Réconfort et estime de soi

Au cours d’une expérience menée dans les années 70, le psychiatre et psycho-analyste américain Montague Ullman avait convié des personnes défavorisées à des tables de conversations. Seule et unique consigne : ne parler que de ses rêves. Très vite, Ullman observe une alchimie prendre parmi les participants, « les sujets développent une confiance mutuelle et un esprit de communion et de solidarité s’est rapidement installé » avait-il noté. Des recherches récentes ont confirmé ce que Ulman supposait : participer à un groupe de « rêves partagés » est bénéfique pour le développement social et psychologique d’un individu. Une étude menée parmi un groupe de collégiens a révélé que les sujets développaient plus d’empathie lorsque que leurs pairs racontaient des rêves plutôt que des expériences réellement vécues.

Des résultats similaires ont été obtenus au cours d’une autre expérimentation menée par Clara Hill, psychologue de l’université du Maryland, auprès de femmes traversant une procédure de divorce.Plutôt que de se concentrer sur les difficultés quotidiennes rencontrées par les participantes, celles-ci devaient parler de leurs rêves qui se sont révélés à chaque fois très semblables à ceux des autres (échecs à répétition, scènes de moqueries ou bloquées dans une situation). Là encore, partager leurs « secrets » a permis de renforcer le sentiment d’appartenance à une même communauté et de renforcer leur confiance de soi.

Des groupes moins formels de « rêves partagés » se sont déjà formés par le passé dans des situations dramatiques ou désespérées. Deux ans après la Libération, un survivant du camp d’extermination d’Auschwitz expliquait que, tous les matins, lui et ses compagnons d’infortune commençaient leurs journées par se raconter leurs rêves en essayant d’en comprendre les significations. Dans cet environnement infernal, les rêves étaient l’une des seules sources de distraction possible. Traités comme des objets, les prisonniers trouvaient du réconfort et un semblant d’humanité dans ce rituel quotidien… Une fois délivrés de l’horreur, beaucoup ont ensuite avoué un peu honteusement ne pas savoir expliquer pourquoi ils avaient été aussi « naïfs » « À présent, nous voyons l’interprétation des rêves comme une chose de stupide et immature mais, dans l’horreur, ils étaient simplement nécessaire », expliquait un survivant.

Que les significations que Sigmund Freud en donnait soient véridiques ou pas, les rêves ont bien le pouvoir de rapprocher les gens. Alors, plutôt que de se sentir gênés, si on essayait de s’en rappeler?

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