La fièvre acheteuse du Black Friday

Né aux États-Unis, le "vendredi noir" et ses promotions alléchantes fait de plus en plus d'adeptes en Belgique. Faut-il s'en réjouir?

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Souvenez-vous de ces vidéos chaotiques de magasins assaillis aux États-Unis le jour du Black Friday, que l’on découvrait de loin avec l’impression d’assister à une pratique d’un autre monde. Il n’aura fallu que trois ans pour que ce concept s’ancre chez nous. Lancées en Belgique en 2016, ces promotions géantes d’avant-Noël font déjà beaucoup d’adeptes. Il suffit de comparer les recherches Google concernant ce terme pour s’en rendre compte. Pour 100 recherches du terme « Black Friday » en 2018, on en comptait 18 en 2015 sur la même période… Pour leur première édition, ces soldes un peu spéciales rapportaient déjà 80 millions d’euros et ce rien qu’en ligne. Une somme ridicule comparée au chiffre d’affaire du e-commerce au Royaume Uni pour cette même journée: 3.217 millions.

Né aux USA dans les années 50, le Black Friday tombe le lendemain de Thanksgiving, journée traditionnellement consacrée aux courses de Noël. Les Américains avaient en effet pris l’habitude de faire le pont le lendemain de cette fête, qui se tient le quatrième jeudi de novembre, pour s’octroyer un week-end de quatre jours et en profiter pour acheter leurs premiers cadeaux. Mais alors pourquoi importer cette tradition en Belgique? Nous ne fêtons pas Thanksgiving, nous n’avons donc pas congé le jeudi, ni la possibilité de s’offrir un week-end de quatre jours. La réalité est purement économique.

>> Les points noirs du Black Friday

Il est aisé de comprendre pourquoi le secteur de la vente met à ce point le paquet sur le concept du Black Friday et du Cyber Monday. Par définition, les achats effectués à cette période de l’année ne sont pas des objets de première nécessité. Et c’est un euphémisme. La plupart du temps, ces achats passent de l’usine à la décharge en un claquement de doigts. C’est que l’ensemble de l’économie moderne s’articule autour de la notion de shopping comme un plaisir en soi. Et l’engouement s’affiche aussi en Belgique, puisque un Belge sur deux a déclaré à la fédération du commerce et des services (Comeos) vouloir faire du shopping ce vendredi. En 2017, les Belges ont dépensé 46% de plus par rapport à un vendredi normal, contre 72% pour les Européens.

Green Friday

En opposition à cette folie consumériste, de nombreuses actions sont prévues, notamment en France. Le groupe d’activites Extinction Rebellion a par exemple prévu de « bloquer/occuper de manière festive des temples de la consommation », via le hashtag #BlockFriday. Hier déjà, des dizaines de militants de mouvements écolos ont bloqué un centre de distribution d’Amazon en région parisienne.

Un mouvement d’opposition au Black Friday fait aussi parler de lui chaque année: le Green Friday, lancé par la Fédération ENVIE en 2017. Les entreprises qui y participent ne proposent pas de réductions alléchantes à leurs clients, et s’engagent au contraire à reverser 10% de leur chiffres d’affaires de la journée à des associations engagées dans la consommation responsable (les Amis de la Tere, Zero Waste France…). Chez nous, le mouvement Green Friday est relayé via Ressources, « la fédération des entreprises d’économie sociale actives dans la réduction des déchets par la récupération, la réutilisation, la valorisation et le recyclage des ressources selon une dynamique d’économie circulaire ».

Plus de 150 boutiques de seconde main participent aujourd’hui à l’action Green Friday en Belgique. « Le Black Friday, est le symbole de l’hyperconsommation qui implique des surproductions de biens manufacturés énergivores en ressources, souvent non renouvelables et polluantes. Nous souhaitons avec cette journée questionner la surconsommation et permettre aux citoyens de remettre en cause, modifier et trouver des pistes pour une consommation plus durable en mettant en lumière de nombreuses alternatives », explique la fédération. Et si vous voulez éviter à tout prix de vous laisser tenter, il suffira d’aller travailler et d’éviter les sites d’achats en ligne…

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