Gilets jaunes « C’est une vendetta personnelle »

À Wandre et à Feluy, entre autres, le mouvement des "gilets jaunes" a eu de violentes conséquences. Incendies, caillassage de pompiers, agressions de journalistes. Nous avons demandé ce qui s’était passé à l’une des figures belges du mouvement.

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Claude Gilles fût l’un des « porte-paroles » des gilets jaunes en Belgique. Ce jeune retraité de l’Armée – il a 54 ans – est devenu l’un des visages médiatiques du mouvement citoyen. Par la force des choses  : personne ne souhaitait parler devant une camera et, lui, n’en a pas peur. Voilà qui arrangeait tout le monde. Personne dans le mouvement citoyen des gilets jaunes ne semblait être gêné de l’ancienne affiliation de l’ex militaire au P.P., le Parti Populaire  : « pour éviter tout malentendu, c’est la première chose que j’ai signalée  à mes compagnons de lutte citoyenne »  affirme celui-ci. Qui confirme, par ailleurs, que les citoyens participant au mouvement appartenaient à tous les horizons politiques. Une seule chose en commun  : la difficulté financière dans la vie quotidienne. Couples avec enfants travaillant tous les deux et ne parvenant pas à boucler les fins de mois. Retraité(e)s touchant de trop maigres pensions. Mères de famille célibataires… Des fins de mois difficiles et une certaine bonne humeur  : le mouvement est d’abord décrit comme étant bon enfant. Cela a, pourtant, dégénéré…

Vous faites toujours partie des « Gilets jaunes »  ?

CLAUDE GILLES – Non, je suis parti quand je me suis rendu compte que des casseurs s’infiltraient dans le mouvement.

Vous vous en êtes rendus compte comment  ?

Vous voyez débarquer des profils nouveaux. Des gens qui tiennent des propos différents. Jusqu’alors on parlait famille, problèmes de la vie quotidienne, logistiques de notre action  : comment se réchauffer, manger. Mettre de la musique ou pas, ce genre de choses. Et soudainement des gens qu’on n’avait pas encore trop vus se mettent à parler. Et ça parle affrontement. Ce qu’on devrait utiliser pour se défendre, comment bloquer les routes,  avec quoi caillasser. Quelques uns – dont moi – tentent de recadrer l’action. Manifester, c’est une chose, mais pas question d’agresser des policiers… Mais le ver est dans le fruit. Un casseur ne vient pas seul. Il vient avec des collègues.  Qui font monter la tension. Et cette tension dévoile 2 autres catégories de personne.

Il y a donc trois profils de casseurs  ?

C’est ça. Celui qui vient pour faire dégénérer les choses. Celui qui suit les meneurs par opportunisme. Et le 3ème, c’est celui qui réagit quand la Police intervient. La 1ère catégorie a, toujours, le visage masqué. La 2ème et la 3ème presque jamais. Ceux qu’on identifie  appartiennent, donc, rarement au «  noyau dur  ».

C’était qui le « noyau dur »  ?

Un certain « Antonio » prétendait être l’initiateur des « Gilets Jaunes » en Belgique. Je l’ai vu 2 fois. Une fois, il a agressé violemment un journaliste. Heureusement verbalement. Mais fort. Il a contribué à faire changer l’ambiance. Au cours d’une conversation avec lui, j’ai cru comprendre un élément de son parcours. J’ai cherché à confirmer auprès de quelqu’un qui semblait bien le connaître ce que je croyais avoir compris. Le gars m’a lâché qu’effectivement «  qu’Antonio  » était un «  ancien de chez Total  ». Qui apparemment avait été mis à la porte. Je me suis dit, alors, que ceux – dont j’étais en 1ère ligne  ! – qui bloquaient les sites Total à Wandre, à Feluy se faisaient manipuler.

Vous pensez que c’était une simple vengeance  ?

Je n’ai pas de preuve. Mais je suis persuadé que les blocages et les actes de violence effectués sur les sites faisaient partie d’une «  vendetta personnelle  ».

Vous en avez parlé à vos collègues gilets jaunes  ?

Un peu. Mais l’attitude de ceux qui semblaient connaître «  Antonio  » a changé. Lorsque j’ai annoncé arrêter le mouvement et récupérer mes grilles de barbecue et mon «  big bag  » j’ai bien senti que quelque chose clochait. On m’attendait à ma voiture. J’ai chargé mes affaires sans quitter personne des yeux, prêts à me défendre. On a ensuite cherché à me faire revenir sur place pour différentes raisons. J’ai déposé une main courante auprès de la Police  : toutes ces manœuvres ressemblaient à des guet-apens.

Vous aviez déjà manifesté auparavant… qu’est-ce qui a changé  ?

Actuellement, les gens sont bien plus enclins à commettre, si l’opportunité se présente, des actes délictueux. Pas forcement pour se défendre. Mais dégrader le mobilier urbain, casser des vitrines, des voitures…

 

 

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