Des médecins américains publient des photos trash pour sensibiliser à la vente libre des armes

Pour dénoncer le nombre croissant de personnes tuées par balles aux États-Unis, des médecins américains ont décidé de publier sur les réseaux sociaux des images de leur quotidien sanglant.

©Belga Images

Jeudi 8 novembre, plusieurs centaines de jeunes passent une soirée dans un bar californien de la ville de Thousand Oaks. Alors que la fête bat son plein, un ancien marine entre et ouvre le feu. Au total, 12 morts et de nombreux blessés. Pas un jour ne se passe aux États-Unis sans qu’une personne soit blessée ou tuée par balles. Depuis janvier 2018, 316 tueries de masses ont été orchestrées et, au total, 13.000 personnes ont perdu la vie.

Tristes et fatigués de devoir soigner quotidiennement des innocents, plusieurs médecins se sont opposés ouvertement aux armes à feu délivrés et autorisés aux États-Unis. Si l’interdiction de celles-ci semble être un combat perdu d’avance, les docteurs plaident pour davantage de contrôle et de régulations. Dans une revue spécialisée, ils ont appelé à un arrêt de la vente massive d’armes à feu et ont exprimé leur ras-le-bol.

« Occupez-vous de vos affaires »

Un coup de gueule qui n’a pas plu à l’association de lobbying, la NRA (National Rifle Association) qui défend activement l’autorisation du port d’armes, pronant « le droit des citoyens honnêtes de porter des armes à feu pour se protéger ». Dans une série de tweets virulents, la NRA a demandé aux médecins de s’occuper de ce qui les regarde (« to stay in their lane« ).

« Quelqu’un devrait dire aux médecins anti-armes abus d’eux-mêmes de se mêler de ce qui les regarde. La moitié des papiers dans Annals of Internal Medicine (la revue spécialisée dans laquelle les médecins se sont insrugés, ndlr.) sont pro-contrôle de la vente d’armes. Mais ce qui nous navre encore plus, c’est que la communauté médicale ne semble avoir consulté PERSONNE D’AUTRE qu’elle-même. »

Un commentaire qui n’a fait qu’ajouter une couche à l’énervement des docteurs. Histoire de frapper un grand coup et de confronter les citoyens à la réalité de leur quotidien, plusieurs d’entre eux ont décidé de publier des photos sanglantes des salles d’opération après le passage d’une personne touchée par balles. Le tout accompagné du #ThisIsMyLane (#CaMeRegarde)

« 10 blessures par balles… Nous avons été très occupés ! Mais c’est notre job, n’est-ce pas la NRA ?« 

« Une balle que j’ai sorti du cerveau d’un enfant de 6 mois. La NRA, vous avez créé ma voie !« 

« Je ne peux pas poster la photo d’un patient donc ce sera un selfie. C’est ce à quoi ça ressemble #çameregarde.« 

Les photos sélectionnées sont de loin les plus softs. Si certains ont choisi de montrer la chaise sur laquelle ils s’assoient pour annoncer aux parents que leur enfant est décédé, d’autres n’hésitent pas à frapper un plus grand coup en montrant la salle d’opération qui baigne dans le sang.

Histoire de rajouter une couche, les médecins ont également signé une tribune dans le journal USA Today. « Nous ouvrons des poitrines et tenons des cœurs entre nos mains dans l’espoir de les ramener à la vie. Nous faisons de notre mieux pour réparer des organes pulvérisés et des os brisés. Nous apportons des soins psychologiques aux proches et aux parents des enfants assassinés, mais aussi aux survivants », ont-ils déclaré.

Chiffres sanglants

Pour rappel, le deuxième amendement de la Constitution américaine garantit le droit de posséder et porter une arme à feu. D’après les estimations, 300 millions d’armes sont détenues par des particuliers. Le site internet Gun Violence Archive recense tous les homicides et autres blessures à l’arme à feu qui ont lieu chaque jour dans l’ensemble du pays.

©Gun Violence Archive

Des chiffres macabres et fréquemment en progression. En 2018, quelque 600 enfants de moins de 11 ans ont perdu la vie sous les balles. Plus de 1.400 coups de feu non-intensionnels ont été tirés et c’est sans compter les 22.000 suicides annuels également perpétrés au moyen d’une arme à feu.

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